Manifestation contre Gaston Flosse à Papeete © LCIComme on s'y attendait, la Polynésie française n'a pas encore son président. L'élection prévue cette nuit a dû être reportée à vendredi, le quorum requis de 35 représentants sur 57 n'ayant pas été atteint mardi à l'Assemblée. Mais le président renversé Oscar Temaru, candidat de l'Union pour la démocratie (UPLD), ne reconnaît pas la légalité de ces séances. Bien que le Conseil d'Etat lui ait donné tort à deux reprises, Temaru a fixé de son propre chef l'élection à lundi prochain, 25 octobre.
Mardi donc, seule la nouvelle majorité composée du Tahoeraa Huiraatira du sénateur UMP Gaston Flosse - 23 représentants - et de son allié le groupe Te Ara - 6 représentants - était représentée dans l'hémicycle. "Il faut qu'Oscar Temaru accepte d'être minoritaire", a déclaré l'élu UMP mercredi sur Europe 1, démentant au passage toutes les accusations selon lesquelles il aurait acheté des élus pour renverser son adversaire.
Référendum ?
Le gouvernement de Temaru a été renversé le 10 octobre, après le vote d'une motion de censure déposée par son rival, l’UMP Gaston Flosse. Ce dernier, après avoir dirigé la Polynésie pendant 16 ans (1984-1987 et 1991-2004), est candidat pour un nouveau mandat. Samedi à Papeete, une manifestation pacifique, appelée par Temaru a rassemblé entre 25 000 et 30 000 personnes.
"Plutôt que la dissolution de l'Assemblée, il faudrait peut-être résoudre le problème de fond, c'est-à-dire celui de l'indépendance demandée par Oscar Temaru, soutenu par les socialistes", a lancé Gaston Flosse toujours sur Europe 1. "C'est davantage un référendum pour ou contre l'indépendance qu'il faudrait organiser", a suggéré le sénateur, indiquant qu'"il fallait qu'il s'entretienne avec les responsables de la République" de ce point.
"Dette nucléaire"
Telle une traînée de poudre, la crise polynésienne s'est étendue à la classe politique métropolitaine. Le Parti socialiste, qui soutient l’indépendantiste Temaru, accuse le gouvernement de sortir de son rôle d'arbitre et le chef de l'Etat de soutenir son ami Flosse. Christian Paul, député PS et ancien secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, a annoncé mardi à l'Assemblée que son groupe demandait la création d'une commission d'enquête parlementaire sur l'utilisation de l'argent public en Polynésie.
Mercredi matin, la ministre de l'Outre-mer, Brigitte Girardin, a assuré sur RTL que "le gouvernement avait introduit le contrôle de la chambre territoriale des comptes dans le dispositif de contrôle de tout argent public qui est déversé en Polynésie". "Je ne peux pas accepter que l'on puisse dire qu'un euro versé par le contribuable français puisse être utilisé sans le moindre contrôle", a-t-elle insisté. Interrogée sur les transferts financiers annuels de 150 millions d'euros vers la Polynésie, la ministre a estimé qu'il s'agissait d'une "dette nucléaire qui ne doit jamais s'éteindre".
Alors que l'UDF Jean-Christophe Lagarde a accusé mardi le gouvernement "de protéger le système clanique" du sénateur UMP Gaston Flosse, la ministre a répondu que le gouvernement "observait une stricte neutralité" en Polynésie. "Nous n'avons aucune ingérence, aucune interférence à faire dans un processus qui doit se dérouler selon le jeu de la démocratie locale", a-t-elle dit.
Flosse en examen pour "emplois fictifs" |
Le sénateur Gaston Flosse a été mis en examen en octobre 2003 pour prise illégale d'intérêts et détournement de fonds publics. Il est reproché au sénateur polynésien d'avoir employé et rétribué, dans les services de la présidence depuis 1995, plusieurs dizaines de personnes "dont les activités ne correspondaient en rien aux salaires versés", indique l'AFP, confirmant une information publiée mercredi dans Libération. Après deux ans d'enquête, en 2002, avec plus de 450 procès-verbaux, le juge d'instruction Jean-Bernard Talierco n'a retenu finalement qu'une centaine de dossiers. Parmi ceux-ci, des élus communaux, des maires, des syndicalistes, des hommes d'Eglise, des sportifs, des journalistes et même quelques anciennes Miss Tahiti dont les salaires atteignaient de 3000 à 3500 euros, "sans qu'aucun travail réel ne puisse justifier ces versements". Actuellement, une cinquantaine de dossiers ont été traités et il faudra, indique-t-on encore, plusieurs mois avant que cette affaire puisse être bouclée. "Moi, je dis que ce ne sont pas des emplois fictifs. Les gens travaillaient dans des administrations et non pas dans des entreprises et pas dans mon parti politique", s'est défendu le sénateur mercredi sur Europe 1. (AFP).
(Image d'archives : lors de la manifestation samedi)
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