Un village entier au secours d'une Ivoirienne

Par Pauline POLGAR, le 05 octobre 2004 à 11h58 , mis à jour le 05 octobre 2004 à 14h23

Véronique Kouamé, ivoirienne, attend mardi de savoir si elle pourra obtenir un titre de séjour. Tout le village d'Aouze dans les Vosges la soutient. Paulette Mourot, chez qui elle vit, explique à tf1.fr cette mobilisation.

Justice Picto Vignette bleue © INTERNE

Véronique Kouamé est une Ivoirienne de 26 ans.  Après avoir été victime d'esclavage moderne, elle a été recueillie par Paulette Mourot, 81 ans, à Aouze, petit village des Vosges. Mardi, elle attend de savoir si elle pourra obtenir son titre de séjour pour pouvoir y rester. Paulette raconte à tf1.fr, comment elle a reçu le soutien de tout son village.

tf1.fr : Comment Véronique est-elle entrée dans votre vie ?

Paulette Mourot : Un jour, mon fils Claude l'a trouvée au bord d'un chemin, en pleurs, les coudes sur les genoux et la tête dans les mains. Il lui a demandé ce qui n'allait pas, en lui disant qu'elle pouvait avoir confiance, qu'il était grand-père : il ne lui ferait pas de mal. Elle lui a raconté son histoire. Elle vivait dans un village pas loin d'Aouze où des gens l'exploitaient. Ils l'ont abandonnée du jour au lendemain. Alors, il l'a ramenée chez moi. Quand je l'ai vue arriver, je l'ai tout de suite acceptée. Pour quelques jours, quelques mois ou pour plus longtemps, peu importait. Tout ce qui comptait, c'était de faire une bonne action.

tf1.fr : Comment expliquez-vous la mobilisation de tout votre village ?

P.M. :Tout le monde l'apprécie ici. Quand on se promenait dans le village avec la pétition, je l'accompagnais partout. Maintenant, je ne peux plus me déplacer, mais je le vois bien. Tout le village l'a acceptée. Sur 204 habitants, il n'y a que 4 personnes qui n'ont pas voulu signer la pétition ! Tous ne lui veulent que du bien.

tf1.fr : Que vous apporte-t-elle ?

P.M. : Beaucoup d'amour. Elle habite toujours chez moi. Elle est très affectueuse, c'est normal, elle a manqué de tout, "blackboulée" par la vie comme elle l'a été. Elle n'a que 26 ans ! J'ai déjà 5 petits-enfants et 6 arrières-petits-enfants. Depuis le début, je la vois comme ma petite-fille. Pour mes petits, c'est le dieu chez nous ! La petite de 2 ans de ma voisine vient tous les jours pour l'embrasser. Tout le monde l'aime.
Maintenant elle travaille à la jardinerie. Mais si elle n'a pas de titre de séjour elle ne pourra plus y travailler. Il faut qu'elle puisse rester pour toujours si elle veut garder son emploi. Aujourd'hui, c'est le grand jour, je prie le bon dieu pour que ça se passe bien au tribunal.

La bataille judiciaire de Véronique Kouamé

Véronique est partie de Côte d'Ivoire en 2000. Un couple d'un village voisin d'Aouze la prive de son passeport et l'oblige à s'occuper du ménage et de leur enfant sans la payer. Pendant trois ans, elle vit ainsi. Jusqu'à ce qu'un jour le couple se sépare et disparaisse, la laissant avec l'enfant durant neuf mois. Ils reviennent comme ils s'étaient volatilisés et abandonnent la jeune femme. Depuis, elle a porté plainte contre le couple. Maintenant elle se bat pour obtenir son titre de séjour. En décembre 2003, la Préfecture des Vosges lui refuse. En avril, le village entier se mobilise devant le tribunal administratif qui examine un arrêté de reconduite à la frontière. Véronique en obtient l'annulation. Enfin, son avocat, Me Jean Louis Kipffer, a déposé un recours devant le tribunal administratif de Nancy pour faire annuler la décision de la Préfecture et pour que Véronique obtienne enfin son titre de séjour. Ce recours doit être examiné mardi.

Par Pauline POLGAR le 05 octobre 2004 à 11:58
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience