© AFPAu cœur de l'affaire dite des "grandes oreilles" jugée à partir de lundi par le tribunal correctionnel de Paris : la cellule antiterroriste de l'Elysée, créée après l'attentat sanglant de la rue des Rosiers en 1982 à l'initiative de François Mitterrand. Le chef de l'Etat, alors au début de son premier septennat, s'était donné pour tâche de "faire reculer le terrorisme partout où il se terre, de le traquer jusqu'à la racine". Mais, sous prétexte de sécurité nationale, la cellule a surtout cherché à étouffer des affaires compromettantes pour le pouvoir.
C'est ainsi qu'ont été écoutées illégalement des conversations téléphoniques de centaines de personnalités des milieux politiques et médiatiques, allant de l'actrice Carole Bouquet à l'auteur de roman, Paul-Loup Sulitzer, en passant par l'avocat Jacques Vergès. Deux personnalités seront aussi au centre des débats : le journaliste Edwy Plenel, aujourd'hui directeur de la rédaction du Monde, et l'écrivain Jean-Edern Hallier, décédé en 1997. Le premier menaçait le pouvoir par ses enquêtes, le second par un chantage concernant la révélation de l'existence de la fille cachée du président, Mazarine Pingeot.
"Secret Défense"
Parmi les principaux prévenus, poursuivis pour les fonctions qu'ils occupaient entre 1983 et 1986, figurent notamment Gilles Ménage, 61 ans, ex-directeur adjoint de cabinet du chef de l'Etat, et Christian Prouteau, 60 ans, ex-chef du GIGN, directement en charge de la cellule. Après s'être longtemps réfugiés derrière le "secret Défense", les deux hommes ont fini par admettre devant le juge d'instruction Jean-Paul Valat, certaines des écoutes, tout en les jugeant légitimes et soulignant avoir agi sur ordres de leur hiérarchie.
Machination
Sont également appelés à la barre Michel Delebarre, 58 ans, directeur de cabinet de Pierre Mauroy de 1982 à 1984, aujourd'hui député-maire (PS) de Dunkerque (Nord), ainsi que l'actuel PDG de Renault Louis Schweitzer, 62 ans, directeur de cabinet de Laurent Fabius de 1984 à 1986. Leurs anciens patrons, Premiers ministres au moment des faits, sont cités par la défense de Prouteau comme témoins. Parmi les prévenus, comparaîtra aussi Paul Barril, 60 ans, ex-équipier de Christian Prouteau à l'Elysée et acteur central du scandale des Irlandais de Vincennes, l'arrestation de prétendus dangereux terroristes en 1982 qui apparaîtra en fait comme une manipulation orchestrée par ses soins.
Quant aux huit autres prévenus, il s'agit principalement des "opérateurs" de la cellule, des hauts gradés de la DST des RG ou de la gendarmerie directement chargés de ficher, écouter et retranscrire les conversations de leurs "cibles". Le principal délit retenu à l'encontre des prévenus, "atteinte à l'intimité de la vie privée", leur fait encourir une peine pouvant aller jusqu'à un an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Le procès s'achèvera à la mi-février.
Photo AFP : les trois principaux prévenus : Christian Prouteau, Paul Barril et Gilles Ménage.
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