Chirac et Raffarin en apôtres de la laïcité

Par , le 14 novembre 2004 à 17h23 , mis à jour le 15 novembre 2004 à 10h34

Le président et son Premier ministre ont rejeté dimanche avec vigueur une éventuelle modification de la loi de 1905 sur la séparation de l'Etat et de l'Eglise, ainsi que Nicolas Sarkozy l'a suggéré récemment dans un livre.

Chirac Jacques président Cité réussite Marseille © LCI

Pas question de toucher à la loi de 1905 sur la laïcité. Dimanche, Jacques Chirac et son premier ministre Jean-Pierre Raffarin ont prêché la même parole. Avec d'autant plus de ferveur, sans doute, que l'hérétique en la matière n'est autre que Nicolas Sarkozy. Dans un récent ouvrage, le ministre des Finances suggère de faire évoluer la loi sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat afin d'aider à la construction d'édifices religieux. L'ex-ministre de l'Intérieur, en charge des cultes, y voit un moyen de soutenir un islam de France en mal de personnel et de mosquées indépendants des financements étrangers.

Si le président "prend acte" du fait que "la religion musulmane est arrivée après les autres" en France et "par conséquent ne bénéficie pas" des mêmes avantages, comme le souligne Sarkozy, il a assuré dimanche que l'"on peut parfaitement trouver des solutions à ces problèmes par un certain nombre de moyens sans avoir besoin de remettre en cause le pilier du temple". Le pilier du temple, c'est la loi de 1905 en l'occurrence. "On est bien inspiré en général de le respecter et de ne pas trop vouloir ouvrir un débat supplémentaire et inutile en France sur des sujets qui font l'objet d'un consensus", a tranché Chirac au cours d'un débat avec des jeunes dans le cadre de la 14e Cité de la réussite.

"Une laïcité ouverte"

Au même moment, ou presque, Jean-Pierre Raffarin, sans citer le nom du numéro deux de son équipe, a plaidé pour qu'on ne soit pas " être des apprentis sorciers qui pourraient, en revenant sur cette loi qui est un loi d'équilibre, déséquilibrer ce qu'est aujourd'hui l'organisation même de notre République". Le Premier ministre s'exprimait lors du 105e congrès du Parti radical, à Saint-Etienne. "Il ne s'agit pas d'une laïcité fermée, restreinte et agressive" mais d'"une laïcité ouverte qui est fondamentalement l'expression du respect de l'autre", a expliqué le chef du gouvernement.

Samedi, déjà, Philippe Douste-Blazy, était monté en chaire à Saint-Etienne. "Je ne laisserai pas confondre le cultuel et le culturel, le temporel et le spirituel", avait tonné le ministre de la Santé, avant de poursuivre, en véritable Croisé de la laïcité : "Je veux d'un côté l'Etat, de l'autre les Eglises. Je ne veux pas de communautarisme. Je ne veux pas revenir sur cette frontière qui, pour moi, est intangible".

Sarkozy contre "l'immobilisme"


Pour sa part, dans une longue interview au Figaro de lundi, Nicolas Sarkozy réaffirme que "pour faire avancer la réflexion, il faut parfois oser sortir des sentiers battus", car "l'immobilisme est un mal tellement répandu". S'il explique n'avoir jamais demandé "à ce que soient remis en cause les fondements de la loi de 1905", il estime qu'il n'est pas "si étrange de vouloir adapter une loi vieille d'un siècle et votée alors qu'il n'y avait pas de musulmans". " Il faut débarasser l'islam de France des influences étrangères et des intégristes. Pour cela, la République doit s'en préoccuper" conclut le locataire de Bercy.

"Pas de privilèges"

Dans "La République, les religions, l'espérance", au sein d'un chapitre au titre iconoclaste "la loi de 1905, obsolète ?", Nicolas Sarkozy se dit lui-même "réservé à l'idée de modifier structurellement l'équilibre" de la loi en question mais il suggère des pistes de changement. "Ainsi, dit il, l'on pourrait réfléchir à la possibilité pour l'Etat et les collectivités locales de garantir les emprunts pour la construction d'édifices religieux, à l'instauration d'avantages fiscaux plus importants pour les fidèles qui participent au denier du culte (...) ou encore à la consolidation juridique du recours aux baux emphytéotiques". Dans l'Express du 1er novembre, le ministre assurait "ne demander aucun privilège pour l'islam". "Mais est-ce que les droits sont identiques quand on ne peut pratiquer sa religion dans les mêmes conditions ?", s'interrogeait-il.

(Image LCI : Jacques Chirac à Marseille)

Par David Straus le 14 novembre 2004 à 17:23
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