Collecte de vêtements : la charité désordonnée

Par Pauline POLGAR, le 18 novembre 2004 à 19h27 , mis à jour le 18 novembre 2004 à 19h49

Victimes d'un trop plein de dons, de nombreuses associations tirent la sonnette d'alarme. Jacques Bourgeois, responsable du développement des réseaux associatifs au sein du Secours Catholique, explique à tf1.fr la crise que vit actuellement le monde du vêtement d'occasion.

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tf1.fr : Les containers de dons débordent, les stocks ne diminuent pas. Comment expliquer ce trop plein ?

Jacques Bourgeois : Cette crise est internationale et ne se limite pas aux associations caritatives. Il y a une surproduction de vêtements car ceux-ci sont vendus de moins en moins chers, que l'on en change plus souvent. Enfin, le don est une tradition des pays développés. Quand il y avait surproduction de café au Brésil, on s'en servait pour faire marcher les locomotives. Pour le vêtement c'est pareil, sauf que l'on arrive pas à écouler la marchandise. Car il faut savoir que sur les 150 000 tonnes de vêtements donnés en France, seuls 10% d'entre eux peuvent être redonnés en l'état et la plupart des 90% restants sont inutilisables. Tous les ans, les vêtements s'accumulent, comme les anoraks donnés en été qui s'ajoutent à ceux donnés en hiver ou les vêtements immettables, déchirés, usés jusqu'à la corde…

Pendant longtemps la solution a été de revendre l'excédent à des pays en voie de développement. Cela permettait de rapporter de l'argent aux associations caritatives qui s'en servaient comme financement pour des opérations de charité. Mais avec les bouleversements mondiaux, comme les conflits ou la dévaluation des monnaies, les vêtements ne se vendent plus. Du coup, les opérateurs de l'export ont des stocks importants sur les bras. En conséquence : quatre des plus grands opérateurs, comme Euro-Collecte, ont déposé le bilan. Voilà pourquoi des containers débordent. L'association se retrouve avec des stocks, inflammables et susceptibles d'être infesté par la vermine.

Tf1.fr : Quelles solutions adopter ?

J.B. : Au Secours Catholique, la démarche de collecte a été différente : au lieu d'être centralisé, le don est géré par des équipes locales, qui organisent comme elles le veulent leurs campagnes de collecte et leurs stocks. Ils existent ainsi des "petits vestiaires" où les bénévoles trient les vêtements et envoient le surplus à la déchetterie, ce qui produit de l'énergie pour le chauffage urbain. Nous avons aussi développé des associations qui créent des costumes de scène pour recycler les vêtements, mais on ne peut pas costumer la France entière ! A long terme, travailler au plan local tout en éduquant le donateur à ne pas donner n'importe quoi peut empêcher ces problèmes. A moyen terme, pourquoi ne pas proposer aux pouvoirs publics de créer une micro-filiale dans le déchet, avec un système d'éco-taxe (NDLR : principe du pollueur-payeur : le producteur paie à une fonds national une taxe qui est ensuite reversée au profit du recyclage.) ? Les associations pourraient ainsi gérer leurs stocks. Nous l'avons proposé au Ministre de l'Environnement il y a deux ans, mais nous n'avons pas été écoutés.

tf1.fr : Concrètement, faut-il encore donner ?

J.B. : Bien sûr que oui. Mais avec une règle : ne pas donner ce que l'on aurait honte de porter. Quand un vêtement est usé pour soi, il est également usé pour les autres. Une association paie la mise en déchetterie, alors qu'une personne qui jette son vêtement à la poubelle ne paie rien.

(Photo : Seuls 10% des vêtements donnés peuvent aller aux plus démunis. Archives)

Par Pauline POLGAR le 18 novembre 2004 à 19:27
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