© INTERNE"Je conteste, Monsieur le président, l'intégralité des faits". Le ton est donné. A l'ouverture de son procès devant les assises de l'Yonne, Emile Louis, accusé de l'assassinat de sept jeunes femmes disparues dans la région d'Auxerre à la fin des années 70, maintient son axe défense : la dénégation. Un peu amaigri, l'ancien chauffeur de car, âgé de 70 ans, est apparu fatigué, légèrement voûté, mais en pleine possession de ses facultés intellectuelles lorsqu'en fin d'après-midi la cour a entamé l'examen de sa personnalité.
Abandonné dès sa naissance, puis placé dans une famille d'accueil, Emile Louis a affirmé avoir "très mal vécu l'abandon". "Ca me travaille, ça me travaillera toujours tant que je connaîtrai pas la vérité", a déclaré l'accusé qui a également évoqué ses mauvais rapports avec sa mère nourricière décrite comme "très autoritaire". En revanche, le vieil homme a rendu hommage à son père nourricier avec qui il a déclaré entretenir d'"excellents" rapports. "M. Canier, décoré sur le champ de bataille, de la première médaille militaire", a-t-il précisé, sur un ton solennel, avant de s'effondrer en larmes.
Victime d'agressions sexuelles
A 17 ans, Emile Louis quitte les Canier pour s'engager dans la marine "par esprit de patriotisme", selon lui. "Je suis passé quartier-maître, c'est très dur de monter dans la marine, je m'en souviens très bien", raconte-t-il avec fierté. Louis, qui se décrit comme "vantard et menteur quand il le faut", se montre parfois plus confus. Il affirme ainsi avoir mis le feu à 15 ans, au hangar d'un homme qui avait tondu ses sœurs d'adoption en 1944. Les sœurs ne se rappellent pas avoir été tondues et il se serait trompé sur le coupable. Pour ces faits, Emile Louis a bénéficié d'un non-lieu mais a néanmoins été placé dans un centre de jeunes délinquants en Saône-et-Loire, où il affirme avoir été victime d'agressions sexuelles.
Louis, respirant parfois avec peine, a des sursauts de vigueur, adoptant un ton tranchant pour dénoncer des inexactitudes dans les questions du président ou des avocats des parties civiles. Les proches des disparues avaient pris place sur les bancs, à la gauche de l'accusé, qui ne leur a adressé aucun regard. Plusieurs d'entre elles se sont effondrées en larmes à l'évocation de la disparition de leurs proches, lors de la lecture de l'arrêt de renvoi, tandis qu'Emile Louis restait impassible. La Cour devrait poursuivre, jeudi, l'examen de la personnalité d'Emile Louis. Elle se penchera vendredi matin sur le comportement des services sociaux auxquels la plupart des jeunes femmes étaient confiées au moment de leur disparition.
(Image d'archive : Emile Louis à Draguignan)
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