© INTERNEC'est le jeu du chat et de la souris, version industrie de l'armement. En dehors des traditionnels salons annuels et annonces financières, le secteur n'avait pas l'habitude de faire parler de lui. Mais depuis quelques semaines, le modus vivendi a été sérieusement battu en brêche.
En marge de l'enquête sur les ventes de frégates Lafayette à Taïwan, en août 1991, pour un montant de 2,8 milliards de dollars, un mystérieux corbeau alimente les juges depuis le début du printemps. Des lettres, des cd-roms contenants des centaines de comptes bancaires ouverts chez l'organisme de compensation Clearstream, basé au Luxembourg. A la clé, de graves accusations à l'égard de nombreux industriels ou politiques (Dominique Strauss-Kahn, Alain Madelin, Jean-Pierre Chevènement et Nicolas Sarkozy, (1)), tous accusés de détenir des comptes occultes à l'étranger. Autant d'informations que le juge Van Ruymbeke tente actuellement de vérifier.
La Dst s'en mêle
L'une des personnes visées, Philippe Delmas, vice-président d'Airbus, aurait déposé plainte pour "dénonciation calomnieuse", il y a quelques semaines, devant le parquet de Paris. Depuis, une information judiciaire a été ouverte sous la direction du juge d'instruction Jean-Marie d'Huy.
Qui est le corbeau ? C'est en souhaitant répondre à cette question que le ministre de l'Intérieur, Dominique de Villepin, a "mandaté" la DST peu avant l'été. Après plusieurs mois d'enquête, le contre-espionnage semblerait persuadé que l'informateur anonyme est un haut responsable d'EADS. C'est du moins ce qu'écrit Le Parisien, le 10 novembre, citant même le nom de celui qui serait l'auteur des courriers anonymes : Jean-Louis Gergorin, le vice-président exécutif d'EADS.
"Je réserve mes éléments à la justice"
Mardi matin, dans Le Figaro, celui-ci réagit pour la première fois à ces graves accusations. "Non, je ne suis pas le corbeau", se défend-t-il, dénonçant par ailleurs une manipulation destinée à ses yeux à renverser l'actuelle direction du groupe européen. Il annonce avoir déposé une plainte pour faux et croit reconnaître "deux sources distinctes" dans la manipulation qui le vise : d'une part, "l'environnement d'Alain Gomez, ancien PDG de Thomson" et d'autre part, certaines personnes qui "ont la volonté de provoquer un changement brutal et quasi immédiat, en dehors des échéances institutionnelles, du management français d'EADS-Airbus". Jean-Louis Gergorin affirme avoir "des noms de personnes privées qui appartiennent aux deux environnements" mais dit réserver "ces éléments à la justice".
La semaine dernière, ce dossier avait déjà provoqué une polémique entre le ministre de l'Economie, Nicolas Sarkozy, et Dominique de Villepin, le premier reprochant à l'autre d'avoir gardé secrète l'enquête de la DST qui le mettrait hors de cause. "Je n'ai qu'une demande : un service de l'Etat a connaissance d'une manipulation qui me vise et détient des renseignements ; ce que la police sait, il faut que la justice le sache aussi", avait-il affirmé. Une "non-affaire", selon la Place Beauvau.
(1) Tous ont formellement démenti ces allégations.
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