© AFP PHOTO/Emmanuel DUNAND "Action contre la faim, bonjour, ne quittez pas !" Dans le hall de l’organisation, située dans une petite rue du 14ème arrondissement de Paris, le standard sature. "Désolé, mais on n’arrive pas à raccrocher ces derniers temps", lâche une hôtesse lorsque je me présente. Dans ses pieds, derrière le comptoir, des caisses remplies de centaines de lettres jonchent le sol. Installée à une table, une de ses collègues les trie patiemment. Depuis la catastrophe du 26 décembre, ils sont cinq préposés au courrier, contre deux habituellement. Direction le premier étage, au département communication. Là aussi, toutes les lignes sont occupées. A l’autre bout, des journalistes assaillent les attachés de presse de questions. On presse le pas dans les couloirs. Dans un coin, un communiquant boucle son paquetage, il part dans quelques heures pour le Sri Lanka.
Devant le bureau de Franck Hourdeau, directeur de la communication et du développement, je ne suis visiblement pas la seule à attendre. "Pardon du retard, mais j’enchaîne les rendez-vous, est-ce que dix minutes ça vous va ?", demande-t-il d’un sourire confus. Ca ira. Pendant ce temps, "mon" attaché de presse s’éclipse… gagnant un peu de temps pour répondre à d’autres sollicitations. La porte du bureau se ferme. J’explique l’angle de mon "papier" : l’explosion des dons par internet pour venir en aide aux victimes des raz-de-marée en Asie du Sud-est. "C’est tout simplement du jamais vu, constate-t-il. Pour vous donner une idée, avant la catastrophe en Asie, nous recevions environ 500 dons par an via le net. 30 000 euros étaient ainsi collectés. Le 31 décembre dernier, nous avons eu un pic de connexion sur notre site avec plus de 4000 dons en ligne et 380 000 euros collectés. En un jour !". Sur les 3,3 millions euros collectés par Action contre la faim entre le 26 décembre et le 5 janvier, 30% proviennent de dons par internet. Depuis le début de la semaine, toutefois, on constate, comme dans toutes les autres ONG, une diminution progressive de ces dons électroniques et un nouvel accroissement des dons par chèques.
De nouveaux donateurs
Quels sont les avantages pour une ONG de recevoir des dons par Internet ? Anne-Marie Schmit, responsable du marketing à Action contre la faim, vient d’arriver. C’est donc elle qui répond. "L’atout majeur, c’est la rapidité. Le traitement d’un don internet se fait dans la journée. Pour les chèques, il faut compter trois jours. Cela nous permet de faire des économies de frais de gestion. Nous avons également remarqué que les dons par Internet sont en général d’un montant plus élevé que les dons par chèque. Autre avantage de taille, souligne-t-elle, cette technologie nous permet de toucher un autre type de donateurs, plutôt jeunes et branchés, qui ne sont pas habitués à donner. Nous allons les tenir au courant par mail des actions réalisées grâce à leur argent et peut-être deviendront-ils des donateurs réguliers".
De quoi révolutionner la communication de demain des organisations humanitaires ? "C’est vrai que jusque là on se contentait d’un minimum vital sur Internet, explique Franck Hourdeau. On va revoir notre stratégie, de sorte à mieux promouvoir notre site et améliorer la page d’accueil pour les dons. Mais on va rester mesurés, tempère-t-il. Ce n’est parce que l’on a donné sur une catastrophe que l’on a un tempérament de donateur. On l’a vu avec le Rwanda. 95% des donateurs de l’époque ne se sont plus manifestés ensuite".
65 millions d'Euros |
Photos : indiens rescapés du tsunami (AFP PHOTO/Emmanuel DUNAND)
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