© INTERNEComment transmettre le devoir de mémoire aux plus jeunes ? Il y a bien sûr les interventions individuelles dans des classes, aussi bien en primaire (cliquez ici pour lire notre article) qu'au collège et au lycée. Les rescapés des camps de la mort délivrent alors leur témoignage personnel sur leur expérience. "Nous sommes des témoins dans l'Histoire" explique Addy Fuchs, ancien déporté à Auschwitz.
Une autre manière d'aborder la Shoah consiste en l'organisation de conférences axées sur un point précis. Mardi dernier, en fin d'après-midi, dans l'une des salles du lycée parisien Janson de Sailly, plus de 250 adolescents, principalement de 3e et de 1re puisque la Seconde Guerre mondiale figure à leur programme d'Histoire- assistaient ainsi à un débat centré sur les "expériences médicales" perpétrées par les nazis. Le thème n'avait pas été choisi au hasard : Georges-André Kohn, victime de ces "expériences", était lui-même scolarisé à Janson de Sailly en 1944 –il avait 12 ans- avant son arrestation et sa déportation. "Cela permet à nos élèves d'appréhender le problème en s'identifiant à l'un des anciens de l'établissement" souligne Annie Badower, la professeure d'Histoire chargée de mettre en place la rencontre.
Questions-réponses
Face aux élèves, trois anciens déportés, dont Philippe Kohn, le grand frère de Georges-André, et Henri Morgenstern -sa cousine, Jacqueline, fit également partie du groupe de vingt enfants utilisés par les nazis pour se livrer à leurs atrocités. Parmi les autres intervenants, Jutta Bertling, l'une des responsables allemandes de l'association des enfants du Bullenhuser Damm –du nom de l'école hambourgeoise où étaient commises les expériences-, créée en la mémoire des victimes.
En partant des cas de Georges-André, de Jacqueline et de leur histoire, le débat permettra d'aborder plus globalement, parfois durement, le sujet des expériences. Les élèves apprendront ainsi le nom du Dr Mengele, "l'ange de la mort". Lors de la séance de questions-réponses, les plus attentifs demanderont notamment "quel était l'objectif médical de ces expériences". "Aucun" leur répondra-t-on simplement, si ce n'est "se livrer à un plaisir sadique".
"Il faut nous souvenir"
Après une heure et demie, Maud, en Terminale S, estime "important que l'on se souvienne". "Même si, historiquement parlant, nous n'avons pas appris énormément, c'était très émouvant d'entendre des témoignages très réels" ajoute Laurent, également en Terminale S. Jules et Rebecca, en 1re ES, trouvent quant à eux dommage que la Seconde Guerre mondiale et donc la Shoah n'aient pas encore été abordées en classe. "C'est une absurdité. La Shoah figure à la toute fin du programme de 1re. Elle est donc souvent bâclée et près d'un tiers des bacheliers ne l'étudient pas" tempête Annie Badower. "Or c'est un enjeu de mémoire. Ce genre de conférence sensibilise les élèves, notamment cette année puisqu'ils sont assaillis d'images dans les médias".
Pour compléter la conférence de mardi, deux classes ont participé le lendemain à l'inauguration d'une plaque à la mémoire des dix-neuf élèves de Janson de Sailly qui furent déportés uniquement parce qu'ils étaient juifs. Un seul revint vivant des camps de la mort.
(photo d'archives-afp : l'entrée du camp d'Auschwitz-Birkenau)
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