© INTERNEUne vie de labeur… pour du beurre. Tel fut le cruel destin du cuisinier d'un hôtel-restaurant de Lalouvesc (Ardèche), un petit village de 514 habitants.
Durant dix-sept années, Philippe Pitiot, 42 printemps aujourd'hui, a travaillé au Vivarais pour le compte de sa patronne, Geneviève Arnaud. Au début, tout se passe bien. Puis, au bout de cinq mois, il ne perçoit plus de salaire. Un mauvais moment à passer, pense alors le jeune homme, tout juste âgé de vingt-cinq ans. "J'ai bien voulu faire des concessions car elle et son mari avaient de grosses difficultés financières", raconte-t-il. Mais l'attente sera vaine. Plus rien ne lui sera versé. En dépit de son engagement total au sein de l'établissement. Mieux, il ne prenait jamais de congés. Nourri, logé, mais pas payé.
Une cartouche de cigarettes et un polo
"Elle me promettait toujours qu'elle me paierait", explique le cuisinier. Ses besoins du quotidien - un vêtement ou un paquet de cigarettes - étaient comblés au coup par coup par son employeur. En proie à des problèmes familiaux, il se mure dans le silence. Personne, au sein de son entourage, n'a connaissance de sa situation. "Au début je n'y ai pas cru. Puis quand j'ai eu les pièces du dossier, j'ai bien vu qu'on l'avait roulé dans la farine. On est en plein Zola ! ", lâche son avocat, Dominique Chambon, pour qui son client est "un brave gars, très simple".
Le salut du cuisinier viendra de la vente de l'hôtel-restaurant, en avril 2004. Tandis que ses employeurs partent en vacances aux Canaries - bons princes, ils lui rapporteront une cartouche de cigarettes et un polo -, il parle au repreneur du Vivarais qui le met aussitôt en contact avec son avocat.
Prescription
L'affaire est alors portée devant la justice. Dans un jugement rendu le 22 décembre 2004, le conseil de prud'hommes d'Annonay donne gain de cause à Philippe Pitiot et ordonne à son ancienne patronne de lui verser 70.742,29 euros, correspondant aux cinq dernières années de salaire. Le reste passant par pertes et profits en raison de la prescription prévue par le code du travail.
L'ancienne gérante du restaurant a fait appel du jugement. Elle affirme avoir payé son cuisinier en liquide et souligne qu'elle s'est aquittée des cotisations sociales. Au contraire, les prud'hommes relèvent dans leur jugement que les bulletins de salaire portaient la mention "paiement par chèque" sans que l'employeur "n'apporte la preuve d'un règlement par chèque ou en liquide". Suspectant l'existence de fiches de salaire fictives, l'avocat devrait déposer plainte pour faux et usage de faux.
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