© AFP / JEAN-PIERRE MULLER"Bonjour, je suis juge d’instruction à Nanterre, je demande à voir Franz-Olivier Giesbert". Quand Katherine Cornier s'est présentée, jeudi matin, dans les locaux du Point, à Paris dans le XIVe arrondissement pour y rencontrer le patron de l'hedomadaire, l'hôtesse d'accueil n'a pas cillé, lançant un flegmatique : "Vous avez rendez-vous ? ".
Le dialogue de sourds passé, la juge, en charge d'une enquête pour violation du secret de l'instruction dans l'affaire de dopage présumé autour de l'équipe cycliste Cofidis, a finalement pu accéder au bureau de Franz-Olivier Giesbert, tandis que la dizaine de personnes l'accompagnant (six policiers de l'Inspection générale des services, trois informaticiens, un technicien du téléphone et une greffière) faisait les cent pas dans la salle d'attente…
Protection des sources contre violation du secret de l’instruction
Lors de leur perquisition, qui constitue un coup de tonnerre pour le monde de la presse, les policiers ont porté leur attention sur le service Société de l'hebdomadaire, dans lequel travaillent les journalistes incriminés. Craignant de se faire duper, les enquêteurs ont demandé à vérifier l'ensemble des ordinateurs du service, afin d'être sûrs de repartir avec les ordinateurs appartenant aux auteurs de l'article - Jean-Michel Décugis, Christophe Labbé et Olivia Recasens - qui a provoqué le courroux de la justice. Au total, la perquisition aura duré plus de trois heures.
"Nous sommes tous sous le choc, c'est incompréhensible. Nous resterons très fermes et nous ne livrerons pas nos sources, c'est l'essence même du métier de journaliste. Autrement, on fait un journal avec simplement des communiqués officiels", a dit à Reuters Franz-Olivier Giesbert.
En franchissant le sanctuaire que constitue une entreprise de presse, la justice cherche à déterminer dans quelles conditions les journalistes du Point ont obtenu et publié des retranscriptions d’écoutes téléphoniques portant sur l’équipe cycliste Cofidis, accusée de dopage pendant le tour de France 2003. Au cours du mois de décembre, déjà, la juge Cornier avait demandé par courrier au patron du Point de lui délivrer un organigramme complet de l'hebdomadaire avec le nom, le numéro de téléphone direct et le fax de tous les membres de la rédaction afin de "remonter" jusqu'à l'identité de ou des informateurs. Franz-Olivier Giesbert, avait refusé la demande de la magistrate, arguant de la nécessaire protection des sources des journalistes. Un principe reconnu par l'article 109 du Code de procédure pénale et par la Cour européenne des droits de l’homme.
A l'Equipe aussi...
De son côté, la justice avance que la parution des écoutes téléphoniques a entravé le bon déroulement de l'instruction. Et invoque un recel et une violation du secret de l’instruction. Des faits qui permetraient le lancement de poursuites pénales à l'encontre des médias.
Une perquisition a également eu lieu au siège de l'Equipe, à Issy-les Moulineaux (Hauts-de-Seine). Celle-ci concernait la même affaire, mais elle a été menée par une autre juge d'instruction de Nanterre, assistée d'une équipe de policiers de l'Inspection générale des services, la police des polices. Le 9 avril 2004, l'Equipe avait publié, sous le titre "les PV de l'enfer" et sur une pleine page, de larges extraits des procès-verbaux d'audition de plusieurs coureurs de Cofidis, pour certains mis en examen. Jeudi soir, ce sont les domiciles de deux journalistes de l'Equipe qui ont a leur tour été perquisitionnés.
Photo d'ouverture : Jean-Michel Décugis, journaliste au service "Société" du "Point" (D) et la juge d'instruction Katherine Cornier (centre), jeudi, lors de la perquisition dans les locaux de l'hebdomadaire - AFP / JEAN-PIERRE MULLER
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