
Jean-Paul Leconte est apparu très à l'aise, presque arrogant, lundi, à l'ouverture de son procès devant les assises de la Somme, à Amiens, pour le viol et le meurtre de Patricia Leclercq, 19 ans, en 2002 dans ce département, où un autre homicide de jeune femme lui est imputé. Leconte, 38 ans, déjà condamné pour viols, a également été mis en examen début janvier pour le meurtre - qu'il nie - de Christelle Dubuisson, 18 ans, tuée en août 2002.
La cour a rejeté en début d'audience la requête de l'avocat de Jean-Paul Leconte, Me Jean Bouly, qui demandait le renvoi du procès en estimant que la mise en examen de son client dans l'affaire Dubuisson venait "polluer le dossier Leclercq". L'accusé, célibataire, sans profession, a toujours nié avoir tué et violé Patricia Leclercq, retrouvée morte le 8 juillet 2002, à moitié dénudée, rouée de coups, écrasée par un véhicule et abandonnée au bord d'un champ à 3 km de Buire-sur-l'Ancre.
La jeune femme avait disparu le soir du 6 juillet 2002 après avoir quitté le McDonald's d'Albert où elle travaillait, pour rejoindre à vélo le village voisin de Buire où résidait sa famille d'accueil. Vêtu d'un pull gris et d'un pantalon noir, Leconte, se tenant bien droit et regardant toujours chacun des interlocuteurs, un bras négligemment appuyé sur le rebord de son box, a raconté sa vie pendant plus d'une heure. D'une voix claire, assurée, cherchant rarement ses mots.
Première condamnation en 1988
Il a évoqué son enfance "normale", même si dès 4 mois il sera confié à la garde de ses grands-parents maternels. "Mis à la porte" de l'école de l'aérospatiale de Méaulte (Somme) pour une bagarre, il obtiendra un CAP de mécano-tourneur, fera son service militaire comme chauffeur et trouvera ensuite un emploi de routier. Leconte connaîtra sa première condamnation en 1988 : deux ans de prison pour attentat à la pudeur sous la menace d'un couteau.
Il sera "amoureux" d'une femme avec qui il restera "par habitude", "par pitié", connaîtra avec elle une "vie de galère" qui le fera condamner pour vols. En 1993, la cour d'assises de la Somme le condamne à 17 ans de réclusion criminelle pour le viol d'une fillette de 8 ans et un autre viol sous la menace d'une arme. Il reconnaîtra les faits à l'audience après les avoir toujours niés.
"N'avez-vous pas un talent de rare duplicité ?" lui demande l'avocat général Jean-Marie Besse. "Le mot est caricatural, un peu", répond l'accusé très sûr de lui. "Mais quand on reconnaît le viol d'un enfant de 8 ans, on ne peut pas s'écraser un peu", relance M. Besse. "Un vol avec arme, c'est du même acabit, on en garde aussi des traumatismes", répond Leconte avec la même assurance. L'homme agace les proches de Patricia Leclercq quand il évoque son intérêt pour les religions, né après la rencontre de son amie dont le père est musulman et la mère juive. "J'ai rencontré d'autres cultures, découvert l'islam, les coutumes juives. Et j'ai vu qu'il y avait des choses intéressantes dans les religions", dit-il comme s'il s'agissait d'un exposé. "Je suis d'un naturel curieux : la philosophie, la culture, la religion. Je me suis même intéressé à la religion hindoue", ajoute-t-il. Le procès doit durer jusqu'à vendredi.
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