Un Mémorial pour incarner le devoir de mémoire

Par , le 25 janvier 2005 à 10h55 , mis à jour le 27 janvier 2005 à 16h15

Inauguré officiellement mardi par Jacques Chirac, le Mémorial de la Shoah ouvre ses portes au public ce jeudi. Visite guidée.

mémorial shoah enfants

A peine passé le portique d'entrée, le visiteur est saisi par la solennité du lieu. Sur le parvis, se dresse un mur s'allongeant sur plusieurs mètres. C'est le "Mur des Noms". Sur les pans de l'ouvrage, s'étale en effet une impressionnante liste de noms. 76 000 au total. Il s'agit des 76 000 Juifs de France qui furent déportés entre 1942 et 1944. A peine 2 500 revinrent des camps de la mort.

76 000 noms, 76 000 destins
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Pour aboutir à cette liste de 76 000 noms, les documentalistes du Mémorial de la Shoah ont effectué un travail de fourmi en recoupant de multiples fichiers (Gestapo, police de Vichy…). Le recensement n'est pourtant pas exhaustif, les victimes retrouvées étant gravées au fur et à mesure dans la pierre. "Ce mur permet de sentir ce que fut la déportation. Parfois, la victime n'a pas de nom. Ce n'était qu'un 'enfant' que les nazis n'estimaient même pas digne d'être répertorié" explique Eric de Rothschild, le président du Mémorial de la Shoah.

"Montrer les histoires individuelles"

Héritier du Mémorial du Martyr juif inconnu et du Centre de documentation juive contemporaine, le Mémorial de la Shoah, inauguré mardi par Jacques Chirac et ouvert au public ce jeudi, se veut l'égal européen du Musée de l'Holocauste de Washington et du centre Yad Vashem de Jérusalem. Les travaux effectués pendant trois ans, pour un coût estimé à 23 millions d'euros, l'ont transformé en symbole d'une "mémoire apaisée". Mémoire collective, bien sûr, mais aussi individuelle. "Derrière les statistiques, il y a autant de destins personnels brisés. Plus que la Shoah en elle-même, nous avons choisi de monter une exposition sur l'histoire des Juifs de France sous la Shoah" souligne Jacques Fredj, le directeur.

Le Mémorial s'articule ainsi autour d'une crypte, édifiée en 1956, et d'une exposition permanente. La première symbolise le tombeau des six millions de Juifs qui périrent lors de l'Holocauste. En son centre, dans une étoile de David, reposent les cendres de victimes recueillies à Auschwitz-Birkenau, Sobibor ou Chelmno. Pour perpétuer leur souvenir, une flamme éternelle brûle au milieu de l'étoile de marbre.

"Inscrire le devoir de mémoire dans la durée"

L'exposition, volontairement intimiste, met quant à elle en perspective les histoires individuelles de Juifs français et l'Histoire européenne. Le visiteur pourra ainsi lire par

L'Histoire collective et individuelle
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exemple une lettre écrite par la jeune Clara Garnek, alors âgée de 15 ans, au Vel d'Hiv, le 18 juillet 1942, avant sa déportation. Il pourra également suivre les grandes étapes ayant abouti à la mise en place de la "solution finale". Panneaux, vitrines, bornes interactives et petits films réalisés spécialement pour le Mémorial (notamment par Serge Moati et Claude Lanzmann) offrent différentes manières d'aborder le sujet et évitent la monotonie. Un "Mémorial des enfants", composé de 2 500 photos d'époque, clôture cette partie musée. "L'assassinat des enfants prouve la spécificité du crime. En tuant les plus jeunes, il y avait bien une volonté d'éradiquer un peuple" note Jacques Fredj.

Le Mémorial accueillera aussi toute l'année des expositions temporaires. Pour l'ouverture, il s'agit d'une galerie de dessins de l'artiste David Olère. Arrêté en 1943 et déporté à Auschwitz-Birkenau, il fut affecté au Sonderkommando, l'équipe chargée du fonctionnement des chambres à gaz et des fours crématoires. Un espace multimédia, les salles de lecture du Centre de documentation juive contemporaine, des ateliers pédagogiques pour enfants et un auditorium pouvant diffuser des films et accueillir des conférences complètent les installations. Reste désormais à savoir si, après l'effervescence de la commémoration de la libération des camps de la mort, le public continuera à s'intéresser à la mémoire de la Shoah. "Le vrai défi, c'est d'inscrire ce travail et ce devoir dans la durée" conclut Jacques Fredj.

Mémorial de la Shoah
17, rue Geoffroy-l'Asnier, 75004 Paris (Métro Saint-Paul ou Pont-Marie)

www.memorialdelashoah.org

photo d'ouverture-e-tf1 : le "Mémorial des enfants"

Par Fabrice Aubert le 25 janvier 2005 à 10:55
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