© INTERNELe garde des Sceaux Dominique Perben se rend lundi à Mont-de-Marsan (Landes) pour défendre le bilan des Centres éducatifs fermés (CEF), sa mesure phare de la lutte contre la délinquance de son gouvernement qui a suscité l'hostilité, avant de connaître quelques ratés. Malgré plusieurs incidents et les critiques des professionnels, le ministère entend ouvrir 14 nouveaux centres pour jeunes délinquants en 2005.
Se fondant sur un bilan partiel réalisé par ses services, Dominique Perben juge "encourageant" le bilan des CEF. Les syndicats de magistrats, les associations et la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) se déclarent opposés à l'expérience dans laquelle ils voient un échec. Onze de ces centres d'un genre nouveau, imaginés en 2002 et ouverts en mars 2003 pour accueillir des délinquants multirécidivistes, sont déjà en service et ont accueilli à ce jour 215 jeunes.
Un tiers de rechute
L'expérience, symbole de la politique de sécurité du gouvernement Raffarin, est très en retard sur les prévisions, puisqu'il avait annoncé 20 centres pour l'été 2004. Pour 2005, le ministère a finalisé les projets de huit nouvelles ouvertures de CEF dans le Tarn-et-Garonne, la Saône-et-Loire, le Bas-Rhin, le Pas-de-Calais, les Alpes-Maritimes, le Rhône, l'Isère et le Doubs. Les six autres nouvelles ouvertures restent à mettre à point.
Le premier bilan, réalisé sur 75 jeunes délinquants pris en charge entre mars 2003 et avril 2004 dans six des premiers CEF, montre que 51% "n'ont pas fait parler d'eux" au cours des quatre mois de leur séjour et que 52% estiment que le séjour "leur a apporté quelque chose". Les résultats de l'étude montrent aussi que 33% des personnes suivies ont été renvoyées en prison et que 35% ont cumulé infractions pénales et absences.
"Insuffisance de moyens colossal"
"Ces centres sont très coûteux par rapport au nombre de mineurs pris en charge. On a créé un concept neuf pour éviter de faire fonctionner le système, qui reste dans un état d'insuffisance de moyens colossal", a déclaré Dominique Barella, président de l'Union syndicale des magistrats (USM, modéré et majoritaire).
Plusieurs incidents graves ont marqué les débuts des CEF. En octobre dernier, une adolescente a mis le feu à celui de Lusigny (Allier), qui est depuis fermé. Dans ce centre réservé aux filles, où le règlement intérieur réclamait aux pensionnaires de faire état de leur tour de poitrine, le directeur a été mis en examen en 2003 pour le viol présumé d'une surveillante de nuit. Enfin, à de nombreuses reprises, le gouvernement a dû se heurter à la difficulté de trouver des communes acceptant d'accueillir ces jeunes réputés difficiles ou dangereux. Dans certains sites, des riverains étaient allés jusqu'à manifester pour s'opposer à l'implantation d'un centre, en vain.
Photo : le centre éducatif fermé de Saint-Denis le Thibout, en Seine-Maritime.
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