© DRSa fille de 12 ans et demi ne marche pas, ne parle pas, et ne peut pas se tenir debout. Claire Naud, 34 ans poursuivait lundi devant le tribunal de grande instance de Paris son ancienne entreprise qu'elle accuse de l'avoir exposée aux effets nocifs des éthers de glycol durant sa grossesse.
Roxane, sa fille née le 17 août 1992 est atteinte de graves malformations : hypertrophie des os du nez, atteintes au nez et aux doigts et d'un important retard de développement. Pour la plaignante, aucune cause médicale ne peut expliquer l'état de sa fille, nulle anomalie chromosomique ni atteinte infectieuse n'ayant été décelée. Selon elle, il ne peut s'agir que d'une cause "toxique exogène". Or, lors des premiers mois de sa grossesse, Claire Naud a continué à exercer son métier d'ouvrière sérigraphiste au sein de la société Serigraphie Aquitaine Flocage (SAF), entreprise qu'elle a finalement quittée en juillet 1999.
Dans le cadre de son travail, la jeune femme affirme avoir régulièrement été en contact avec des éthers de glycol, présents dans les encres et les solvants.
Inquiète des conséquences éventuelles de l'exposition aux solvants pour la santé de son enfant, Claire Naud avait d'ailleurs consulté en janvier 1992 le médecin du travail qui, préconisait "d'éviter l'exposition aux postes les plus polluants (...) les effets réels de certains solvants (étant) encore incomplètement connus chez l'homme".
La reconnaissance des effets tératogènes
La plaignante soutient que, malgré ce conseil, sa direction a refusé de l'éloigner des postes exposés. Parallèlement, elle estime que les conditions de sécurité et de protection des salariés n'étaient pas réunies.
Claire Naud souhaite "la reconnaissance des effets tératogènes (qui produit des malformations chez l'embryon, ndlr) des éthers de glycol sur sa fille et celle de la responsabilité des employeurs concernant les problèmes de protection des salariés dans les PME". En réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi, elle demande à son ancien employeur ainsi qu'à trois de ses fournisseurs de lui payer quelque 380.000 euros de dommages-intérêts ainsi que 305.000 euros pour sa fille.
L'avocate de la SAF, Me Hélène Fabre, a mis en cause les déclarations de la plaignante. Selon elle, rien ne démontre que la jeune Roxane ne souffre pas en fait d'une maladie génétique non encore répertoriée. Et de faire remarquer que "dix naissances d'enfants ont eu lieu dans cette entreprise sans le moindre problème". Le jugement qui sera rendu par la 5e chambre du tribunal a été mis en délibéré au 8 mars prochain.
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