© INTERNERevoilà les 35 heures. La bataille à l'Assemblée autour des quatre articles de la proposition de loi UMP s'annonce rude, entre une droite qui a fait de cette réforme un de ses principaux chevaux de bataille et une gauche déterminée à se montrer virulente pour défendre "sa" loi. Le texte, qui sera examiné jusqu'à jeudi, permet aux salariés d'effectuer des "heures choisies" au-delà du contingent légal d'heures supplémentaires. Il assouplit aussi les conditions d'utilisation du compte épargne-temps (CET) et proroge, pour trois ans, le régime dérogatoire dont bénéficient les petites entreprises.
"Le glas des 35 heures"
Les socialistes entendent "démontrer que cette réforme est inutile et qu'elle est une revendication du Medef, et d'abord et avant tout une revanche idéologique de la droite", a affirmé lundi le porte-parole du PS, Julien Dray. Le PS a ainsi décidé de défiler samedi aux côtés de la CGT, la CFDT, FO et la CFTC, qui ont réussi tant bien que mal à mettre de côté leurs dissensions pour appeler les salariés du public et du privé à défendre les 35H, en élargissant le débat aux salaires et à l'emploi.
"Ce texte [de l'UMP] sonne le glas des 35 heures et organise un retour en arrière de plus de quarante ans sur de nombreux points", affirme mardi dans Libération Martine Aubry, qui avait fait voter la réduction du temps de travail. L'ancienne ministre socialiste décrit "la réalité de ce que veut le gouvernement : travailler plus sans gagner plus". Elle prévient que si la gauche revient au pouvoir en 2007, elle "(reprendra) le chemin historique de la baisse du temps de travail".
Les syndicats considèrent que ces nouveaux assouplissements, destinés à donner plus de liberté aux salariés et aux entreprises selon le gouvernement, vident la loi de son sens et seront, dans les faits, imposés par les employeurs. Ils jugent en outre qu'en période de chômage élevé, l'augmentation des heures supplémentaires aura un effet négatif sur l'emploi.
"Tourner la page"
A l'opposé, le Medef, qui réclamait depuis plusieurs années une réforme de la législation sur le temps de travail, s'est félicité de l'intention du gouvernement de "tourner la page". Avec le vote de ces assouplissements, "nous considèrerons que la loi sur les 35 heures, qui restera certes toujours inscrite au fronton de la République, aura été aménagée de telle manière que les chefs d'entreprises et les salariés qui le voudront pourront répondre à des commandes supplémentaires", s'est réjoui le président du Medef, Ernest-Antoine Seillière.
Mais les salariés semblent envisager avec réticence l'idée d'abandonner les 35 heures et de devoir "travailler plus pour gagner davantage", à en croire un sondage Ifop/JDD : 77% d'entre eux souhaitent en effet "conserver" leur "temps de travail actuel", contre 18% qui demandent à "pouvoir travailler plus".
Dans un contexte social fragile, les entreprises observent souvent un attentisme prudent. Le recours aux nouveaux dispositifs dépendra avant tout du niveau des carnets de commandes, alors que les perspectives économiques restent en demi-teinte pour les prochains mois. Certains secteurs sous tension, comme la poissonnerie, ont d'ores et déjà fait part de leur intérêt vis-à-vis de l'augmentation des heures supplémentaires. Mais les entreprises ont, en règle générale, peu utilisé les précédents assouplissements introduits par la loi Fillon de janvier 2003 et qui permettaient déjà d'augmenter le nombre d'heures supplémentaires et d'en réduire le coût : dans une période économique difficile, seules 22 branches sur 252 ont négocié des accords de branche en ce sens.
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