
Prévue à 14h00, la manifestation parisienne prend du retard. "On attend les lycéens de banlieue" explique un organisateur. Effectivement, une demi-heure plus tard, le cortège bigarré a grossi. Et ce sont 15 000 jeunes, selon la police, plus de 50 000 selon les organisateurs, qui s'élancent dans le bruit depuis la place de la République. Juchés sur les abribus ou serrés derrière la banderole de tête, ils scandent leurs premiers slogans, souvent les mêmes que ceux de leurs aînés. "Fillon t'es foutu, la jeunesse est dans la rue" ou "Fillon, ta réforme, ce sera sans nous".
Les membres de l'UNL et de la FIDL, les deux syndicats à l'origine du mouvement, sont vigilants. Les manifestants sont jeunes et c'est pour la plupart leur "première manif", comme l'explique Marie, en seconde au lycée Charlemagne. "C'est vraiment nul de supprimer les deux heures de TPE hebdomadaires. Elles nous permettaient de travailler en groupe et de nous épanouir". Plus réservé, un lycéen de première confie être là "seulement parce que c'est un beau mouvement".
Mais la plupart des jeunes qui défilent ont retenu la même chose du projet Fillon. "Pourquoi vouloir réformer le bac ? Franchement, c'est n'importe quoi, s'époumone Vincent, en terminale dans un lycée de banlieue. D'un lycée à l'autre, le bac n'aura plus rien à voir. Nous, dans le 93, on aura un diplôme au rabais". Couverte par la musique disco émanant des hauts parleurs, Sophie, 17 ans, se veut plus nuancée mais toute aussi déterminée. "Au départ, l'idée du contrôle continu pour une partie du bac est pas mal. Mais ça ne serait possible que si tous les lycées étaient au même niveau. Aujourd'hui, il y a trop d'inégalités entre les bons et les mauvais établissements". Décrocher un bac identique au voisin, ce leitmotiv revient comme un rempart à l'inquiétude de l'avenir.
"Ils auront trop facilement leur bac, et pas nous."
Place de la Bastille, la foule s'étale autour de la colonne. Se félicitant du nombre des manifestants et évoquant le débat parlementaire qui commence mardi prochain, la présidente de l'UNL, Constance Blanchard, déclare : "Continuons, les députés ont plus peur des lycéens que des enseignants". Pour elle, le pari de la mobilisation est gagné. A l'écart, quelques jeunes filles justifient leur présence de façon imprécise. "Nous, il paraît qu'on va nous supprimer nos BEP. Comment va-t-on faire après ? "
Le flot continue sa route vers Sèvres-Babylone, dans le quartier des ministères. Certains lycéens sautent en cadences et répondent au haut-parleur des Jeunesses Communistes, très mobilisées en milieu de cortège. "Lycéens, voulez-vous le retrait du projet Fillon ?" "Ouais" hurlent-ils en chœur.
Non loin de là, place des Vosges, l'atmosphère est toute autre. C'est la "pause clopes" pour les jeunes du lycée Franc-bourgeois. Ils sont non grévistes et ne semblent pas à première vue concernés par l'agitation du quartier. Toutefois, Clément, 17 ans, explique lui qu'il est solidaire de ses copains manifestants. "Je suis contre cette réforme du bac. Nos profs sont très sévères toute l'année, contrairement à ce qui se passe dans certains lycées de banlieue. Grâce au contrôle continu, ils auront trop facilement leur bac, et pas nous". En Seine St-Denis comme dans les beaux quartiers, l'argument de l'égalité revient toujours pour justifier le mécontentement.
En réponse à cette mobilisation, François Fillon s'est voulu rassurant jeudi soir sur France 3.
"Je ne ferai pas une réforme du bac tant que nous n'aurons pas levé les craintes qui sont exprimées", a déclaré le ministre. "Sur le bac, je veux qu'on discute, qu'on arrive à un accord" avec les syndicats enseignants, les lycéens et les fédérations de parents d'élèves, réunis dans un groupe de travail, a-t-il ajouté, en précisant être "prêt à bouger sur tous les sujets"
Forte mobilisation des lycéens en province : les chiffres, ville par ville |
(Image AFP : jeudi après-midi à Paris)
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