Le bonsoir d'Alfred

le 13 février 2005 à 12h23 , mis à jour le 13 février 2005 à 22h41

Alfred Sirven est décédé samedi à la suite d'un malaise cardiaque. Il avait 77 ans. Il fut l'un des principaux protagonistes de l'affaire Elf.

sirven © INTERNE

Alfred Sirven est décédé samedi vers 16h30 à son domicile de Deauville, en Normandie (Calvados) à la suite d'un malaise cardiaque. Il était âgé de 77 ans. Ce sont ses avocats Maître Eric Turcon et Pierre Haïk qui ont annoncé sa mort. Il vivait en Normandie depuis sa remise en liberté en mai dernier.

Son rôle dans l'affaire Elf et ses déclarations menaçantes (ne se vantait-il pas de pouvoir "faire sauter vingt fois la République" ?), de même que sa rocambolesque fuite aux Philippines ou son retour en France très médiatisé, avaient fait de lui un quasi-personnage de roman. Occultant quelque peu une biographie déjà aventureuse. Né à Toulouse en 1927, résistant à 17 ans, soldat en Corée, on le retrouve braqueur de banque au Japon dans les années cinquante. Puis il se tourne vers des études de droit et entame une longue carrière dans les ressources humaines (Mobil Oil, Moulinex puis Rhône-Poulenc avec Loïk Le Floch-Prigent). Le même Le Floch qui le fait venir à Elf en 1989.

La période Elf

Sirven préside, au début des années 90, Elf Aquitaine International (EAI), filiale suisse du groupe pétrolier français, qui rémunère généreusement de nombreuses personnalités sans réelle contrepartie de leur part. Alfred Sirven est alors à la tête d'une véritable fortune : 168 millions d'euros détournés des caisses du groupe afin de financer des intermédiaires, des décisionnaires étrangers, et peut-être aussi des circuits politiques, même si l'instruction ne l'a jamais démontré. Ce sera le volet "emplois fictifs" de la tentaculaire affaire Elf, pour lequel Sirven sera mis en examen pour "abus de biens sociaux".

Mais avant cela, il faut mettre la main sur Sirven. Ce qui s'avère étonnamment ardu. Le premier mandat d'arrêt à son encontre date de mai 1997 mais il n'est diffusé qu'en janvier 1999. Pendant sa longue fuite, beaucoup de ses co-prévenus craignent son retour. Certains le donnent alors pour mort. Mais en 1999, ce sont des journalistes et non des policiers qui le retrouvent les premiers. Et lorsqu'il est arrêté à Manille le 2 février 2001, il est réclamé par les Allemands avant d'être accueilli en France avec une escorte digne d'un chef d'Etat.

Malgré ses déclarations fracassantes, Sirven épargnera finalement tout le monde. "Je réponds de ce que j'ai fait. Je ne répondrai pas de ce qu'ont pu faire d'autres", déclarera-t-il, et lors du premier procès Elf, de mars à juillet 2003, Alfred Sirven ne mouillera pas grand monde, excepté son ex-patron. L'ancien directeur général des affaires générales d'Elf sera finalement condamné à cinq ans de prison et un million d'euros d'amende dans l'affaire des détournements de fonds au détriment du groupe pétrolier. Il sera ensuite rejugé en appel entre octobre et décembre 2004, l'accusation estimant que la peine prononcée contre lui en première instance n'était pas suffisante. Remis en liberté par la cour d'appel de Paris en mai 2004, après trois ans et trois mois de détention, Alfred Sirven avait renoncé à évoquer ses problèmes de santé pour demander sa libération.

Photo : Alfred Sirven (archives)

le 13 février 2005 à 12:23
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