© lciUne peine de dix mois de prison avec sursis et 8000 euros d'amende ont été requis mercredi devant le tribunal correctionnel de Paris à l'encontre de Gilles Ménage et Christian Prouteau, les deux principaux protagonistes de l'affaire des écoutes de l'Elysée. Lors de ce réquisitoire fleuve mercredi, le procureur de la République, François Cordier a réclamé à l'encontre des anciens directeurs de cabinet à Matignon, Louis Schweitzer et Michel Delebarre, une peine de six mois de prison avec sursis assortie de 6000 euros d'amende et 5 mois de prison avec sursis et 4000 euros d'amende.
"La démocratie se construit pas à pas (...) Pour ce faire, il faut que chacun prenne ses responsabilités, on doit appliquer la loi, on n'est pas là pour complaire à un prince!", a lancé le procureur-adjoint à l'adresse de Gilles Ménages et Christian Prouteau. Au moment des faits, entre 1983 et 1986, le second était directeur-adjoint de cabinet de François Mitterrand et le premier dirigeait la cellule qui écoutait illégalement de nombreuses personnalités, dont une trentaine se sont constituées parties civiles.
"Vous avez assumé"
Pour Louis Schweitzer, chargé au moment des faits d'autoriser les écoutes administratives au cabinet du Premier ministre, François Cordier a estimé qu'il avait été "trompé" sur l'identité réelle des personnes écoutées. Défenseur de la "doctrine Mauroy" interdisant les écoutes administratives de journalistes, d'avocats, d'hommes politiques ou de syndicalistes, M. Schweitzer "a été très vigilant sur ce point", a estimé le procureur. "En revanche, vous avez toujours assumé l'interception de Jean-Edern Hallier et vous avez sciemment signé l'interception de la ligne de Carole Bouquet", a poursuivi le procureur, qui l'estime par conséquent "responsable" d'un certain nombre d'écoutes visées au dossier.
Concernant un autre des douze prévenus, Paul Barril, soupçonné d'avoir transmis les bandes audio à la presse et au juge, François Cordier a demandé la relaxe et s'en est remis à l'appréciation du tribunal pour le général Pierre Charroy, ancien patron du Groupement interministériel de contrôle, qui réalisait les branchements. Si le tribunal suit ses réquisitions, Paul Barril échappera à la condamnation pour "recel de traitement illicite d'informations nominatives". Enfin, contre les sept autres prévenus, il a réclamé des peines s'échelonnant d'un mois de prison avec sursis à 4 mois de prison avec sursis.
Jean-Edern Hallier victime
Détaillant chaque écoute, le procureur s'est plus longuement arrêté sur le cas des trois principales victimes de la cellule : l'avocat Antoine Comte, l'écrivain Jean-Edern Hallier, décédé en 1997, et le journaliste Edwy Plenel. Concernant ce dernier, il a notamment estimé que "rien" ne permettait à M. Ménage de prouver qu'il aurait appartenu à la CIA, ce qui aurait ainsi justifié son écoute. "L'interception de la ligne de M. Plenel m'apparaît comme la volonté de connaître les sources de ce journaliste, de sonder ses intentions (...)", a lancé M. Cordier.
Concernant Jean-Edern Hallier, il a écarté les arguments de M. Prouteau, à savoir que l'écoute de l'écrivain se justifiait parce que celui-ci constituait une "menace" pour le président, dont il aurait notamment projeté d'enlever la fille cachée, Mazarine. "Qui a commencé, le prince ou l'écrivain? Aucune écoute ne révèle Jean-Edern Hallier comme un maître-chanteur organisé ou habile", alors qu'en revanche tous les moyens de l'Etat étaient mobilisés pour "l'empêcher de publier", a-t-il relevé. Le procès reprendra lundi avec les plaidoiries en défense. Il s'achèvera le 23 février.
(Image LCI : Louis Schweitzer, mercredi au tribunal)
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