© INTERNEA la veille du débat parlementaire sur son projet de loi sur l'Ecole, François Fillon a tenté de calmer les lycéens, mobilisés pour de nouvelles manifestations mardi. Invité d'Europe 1, il a annoncé dimanche que son projet de loi serait "modifié par un amendement gouvernemental" pour "ne pas discuter de la réforme du bac" au cours du débat parlementaire. "C'est une bonne réforme (...) mais, en même temps, le bac est un symbole. (...) Si, dans la société française, se diffuse l'idée que la réforme que nous allons proposer pour 2007 (...) va introduire des inégalités (...) nous prenons un risque par rapport à l'image du bac, au symbole qu'il représente". Jamais auparavant, François Fillon n'avait mentionné la possibilité de retirer de son projet de loi les deux paragraphes concernant le bac - une réforme qui n'a pas besoin d'être inscrite dans une loi pour être menée à bien.
Depuis jeudi, où 100.000 lycéens sont descendus dans la rue, le ministre de l'Education a alterné les déclarations fermes et conciliantes, jouant l'apaisement sur la seule question du bac et restant inflexible sur le reste de sa réforme. "Si les craintes ne disparaissent pas, si les tensions perdurent, nous ne réformerons pas le bac", a-t-il ainsi déclaré dans le Journal du Dimanche, après avoir répété les jours précédents qu'il "ferait la réforme du bac", mais qu'il prendrait "le temps qu'il faudra".
Ses dernières déclarations ressemblent fort à des concessions aux syndicats enseignants et lycéens qui ont déserté le groupe de travail sur le bac. Installé le 17 janvier, celui-ci est chargé de réfléchir aux modalités de la modernisation de l'examen, dont le cadre - limitation à six épreuves terminales, le reste en contrôle continu ou en partiels - était inscrit jusqu'à présent dans le rapport annexé à son projet de loi. "La discussion sur la réforme du bac va être reprise à zéro dès que les différents partenaires avec qui nous avons entamé les pourparlers et qui ont quitté la table ronde voudront bien revenir", a expliqué le ministre dans le JDD, en réponse aux organisations qui réclament des discussions sur l'opportunité de la réforme. Vendredi, il avait annoncé "l'annulation de la réunion du groupe de travail sur la réforme du bac prévu lundi", tout en précisant que "pour l'instant il n'est pas question" de suspension définitive des travaux de ce groupe.
L'appel à manifester maintenu pour mardi
La secrétaire générale de la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (Fidl), syndicat à l'origine du mouvement lycéen depuis trois semaines, Coralie Caron, a renouvelé dimanche son appel à la mobilisation mardi, en critiquant de la part de François Fillon "une manipulation car il veut attendre et simplement casser le mouvement lycéen". Selon elle, le ministre veut "reporter" la réforme du bac "à plus tard pour la faire passer pendant que les lycéens passeront le bac". L'Union nationale lycéenne (UNL) a également appelé à "une mobilisation massive" mardi. Du côté des enseignants, le secrétaire général de la FSU Gérard Aschieri s'est "réjoui" dimanche d'un "geste clair et positif" mais en a dénoncé le caractère "tactique". "Il y a beaucoup d'autres raisons de manifester", a-t-il ajouté. Quant à l'intersyndicale de l'Education (FSU, Unsa, Ferc-CGT, Sgen-CFDT, FAEN), elle avait appelé il y a plusieurs jours à "poursuivre l'action" menée depuis janvier contre la politique gouvernementale.
Lycéens et enseignants ont maintes fois rappelé qu'ils revendiquaient le "retrait pur et simple" de la réforme et non le seul abandon du volet bac - ce que souligne d'ailleurs Laurent Fabius dans un entretien au Parisien. Ils demandent aussi aussi le rétablissement des travaux personnels encadrés en terminale (TPE), des moyens supplémentaires pour les établissements en difficulté, plus d'encadrement, la remise en place des postes d'enseignants et personnels supprimés. Mardi cependant, un obstacle de taille pourrait venir contrecarrer le mouvement d'ampleur qui se dessine depuis une semaine : seules les académies de l'Ile-de-France et de Bordeaux, en effet, ne seront pas en vacances scolaires.
Photo d'ouverture : François Fillon - DR
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