© LCIQuatre-vingt dix jours seulement après sa nomination, Hervé Gaymard est mis K.O. L'étape de Bercy aura donc été provisoirement fatale à sa carrière courte mais déjà bien remplie. A 44 ans, ce Savoyard est mis à terre par une affaire d'appartement. Ou plutôt par une série de maladresses difficilement compréhensible à ce niveau de pouvoir, et surtout mortelle dans une démocratie d'opinion. Celui qui se targuait de mépriser la com' aura péri par un trop long silence.
Il faut dire que l'homme est aux antipodes de la bête médiatique. Dès son entrée en fonction, il prévient les journalistes : "la politique, ce n'est pas du cinoche". Objectif, imposer d'emblée le savoir-faire Gaymard contre le faire-savoir de Sarkozy. Le nouveau ministre de l'Economie veut agir comme il l'a toujours fait, sans paillettes et dans la discrétion, persuadé que la vie récompense tout naturellement les efforts et la rigueur. Ses amis parlent de "pureté", d'autres de "naïveté" ou de "fadeur". Mais l'homme se méfie du système médiatique et préfère le tenir à l'écart plutôt que de l'apprivoiser.
Chiraquien depuis toujours
Jusque là, cette règle de conduite lui avait permis de creuser facilement son sillon, dans une fidélité sans faille au président de la République. Ils sont rares ceux qui en 1994 permettent à un Jacques Chirac isolé de résister à l'offensive balladurienne. Hervé Gaymard est de ceux-là. Chiraquien, il l'est depuis son entrée en politique. Dès l'âge de 14 ans, il colle des affiches pour le mouvement gaulliste. Sa passion pour l'histoire de France et le général de Gaulle forgent sa vocation de serviteur de l'Etat.
Trajectoire classique, Sciences-Po puis l'ENA. Il y rencontre Clara, une condisciple qui devient son épouse. Cette fille du professeur Lejeune, un ami des Chirac, a de l'ambition, comme lui. Elle préside aujourd'hui l'Agence française pour les investissements internationaux. Une fonction qui explique sa présence aux Etats-Unis depuis le début de l'affaire, une affaire sur laquelle elle n'aura jamais voulu s'exprimer.
En 1993, l'engagement de ce jeune homme aux origines modestes, comme il en a cette semaine tiré argument d'une manière qui s'est retournée contre lui, est bientôt payé de retour : à 35 ans à peine, il fait son entrée dans le gouvernement d'Alain Juppé comme secrétaire d'Etat aux Finances. Après la dissolution ratée de 1997, il cache mal sa tristesse et un sentiment de révolte contre "la fin de la politique, et du politique". "A force de tirer sur les pianiste, il n'y aura bientôt plus de pianiste" confie-t-il alors au Nouvel Observateur. Conscient du fossé croissant entre les citoyens et leurs élites, Hervé Gaymard veut réhabiliter l'éthique et la morale en politique en évitant les petites phrases assassines et en privilégiant les résultats concrets.
Une relève contre Sarkozy ?
En 2002, il est l'un des porte-plumes du candidat Chirac à la présidentielle et travaille à la naissance de l'UMP. Réélu, le chef de l'Etat le nomme à l'Agriculture. Son parcours est à l'image de l'homme, sérieux et discret. En novembre dernier, Jacques Chirac doit trouver un successeur à Nicolas Sarkozy. Plusieurs noms circulent; Philippe Douste-Blazy désire le poste mais c'est Thierry Breton, l'actuel PDG de France Telecom qui semble tenir la corde. Pourtant, le locataire de l'Elysée choisit Hervé Gaymard, resté comme toujours très discret jusqu'à sa nomination. Jacques Chirac voit en lui une relève permettant de contenir la montée en puissance du patron de l'UMP.
Ses premiers pas à Bercy contrastent avec le style du bouillonnant Sarkozy. Jouant "collectif" en toute circonstance, il n'omet jamais de souligner que son action est placée "sous l'autorité du Premier ministre" et mentionne systématiquement le nom de ses trois ministres délégués. Sa faible notoriété lui impose de sortir de l'anonymat par l'action. Ironie du sort, c'est finalement sa vie privée qui le mettra pendant neuf jours sous les feux de l'actualité. L'erreur de ce duplex ? "Du fait de leurs agendas, les hommes politiques sont toujours à la limite du décrochage. Là, il y a eu décrochage" aurait-il confié lundi à un hebdomadaire.
Mais pour une partie de l'opinion, l'affaire révèle plus le fossé durement ressentie entre les paroles et les actes de la classe politique. Malgré sa rectitude morale reconnue par ses adversaires eux-mêmes, Gaymard le montagnard n'a pas résisté à l'ivresse des sommets. D'abord tétanisé par la bourrasque, il n'aura pas su trouver les mots pour résister à la tempête.
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