Guediguian se casse les dents sur Mitterrand

Par Philippe MATHON, le 16 février 2005 à 06h52 , mis à jour le 16 février 2005 à 09h40

Sortie aujourd'hui dans les salles du très attendu "Promeneur du Champ de Mars", une évocation des conversations de l'ancien président de la République, avec un jeune journaliste, au soir de sa vie. Une oeuvre funèbre qui déçoit en passant à côté de la complexité du personnage Mitterrand.

Bouquet Mitterrand © D.R.

Tout était réuni. Le personnage, tout d'abord. François Mitterrand, qui, depuis des décennies, oscille entre l'Histoire et le roman. Michel Bouquet, ensuite. Acteur minéral, précis et mystérieux. Et le réalisateur, Robert Guediguian, "cinéaste de quartier" exigeant, épris de politique et attaché aux misères de la vie ouvrière. Un casting alléchant qui, malheureusement, ne tient pas toutes ses promesses.

Le Promeneur du Champ de Mars n'est pas un film sur la vie de François Mitterrand mais une libre adaptation du livre du journaliste Georges-Marc Benamou, Le Dernier Mitterrand, paru en 1997, fruit des conversations entretenues entre les deux hommes entre 1992 et 1995.

Un "lissage" du personnage Mitterrand

Michel Bouquet y campe un Mitterrand au soir de sa vie, affaibli et possédé par la mort, diverti par un jeune journaliste (Jalil Lespert) qui essaie naïvement de lui arracher quelques confidences dans le but d'en faire un livre. Ce face-à-face déséquilibré tourne souvent à vide. Les dialogues parfois improbables, la réalisation poussive et le souci scrupuleux du réalisateur de ne pas choquer - notamment l'entourage de François Mitterrand - sur la question de la maladie aboutit à un "lissage" peu en phase avec le personnage Mitterrand.

Au risque de déconcerter le spectateur, Robert Guediguian revendique le caractère fictionnel de son film : "J'ai fait exprès de ne pas me documenter, dit-il. Je pense qu'au fond l'imagination est plus juste que la reconstitution, qui est forcément fausse". A certains moments, François Mitterrand, très diminué par son cancer, apparaît presque volubile sous les traits de Michel Bouquet, multipliant les citations d'auteurs.

Les sentences mitterrandiennes

On pourra également regretter les erreurs qui jalonnent le film et faussent la perception historique des faits. Ainsi, lorsque François Mitterrand lance une violente diatribe contre "l'argent qui corrompt, l'argent qui achète, l'argent qui écrase, l'argent qui tue, l'argent qui ruine, l'argent qui pourrit jusqu'à la conscience des hommes", le réalisateur parle des propos "présidentiels", alors qu'ils ont été prononcés lors du congrès d'Epinay, le 13 juin 1971, à une époque où François Mitterrand était premier secrétaire du Parti socialiste. Une différence de taille.

Restent les fulgurances d'un homme épris de littérature qui multiplie les sentences, contre Rocard, contre les journalistes, le manque de culture, les médecins... Le film en propose un florilège savoureux qui confère à François Mitterrand une stature singulière dans le paysage politique. Sans oublier les deux scènes fortes de ce Promeneur du Champ de Mars, où le Mitterrand mystique s'allongeant comme un gisant dans l'église de Jarnac est rattrapé par la maladie, prostré dans sa baignoire, nu, appelant à l'aide son jeune confident.

Pour mieux comprendre les intentions de Robert Guediguian, sans doute fallait-il s'arrêter à ses propos. "Si le film est une fiction sur Mitterrand, c'est aussi un document sur l'art de Michel Bouquet", a-t-il affirmé. Sans doute pourra-t-on regretter que la complexité de François Miterrand ait été sacrifiée sur l'autel de l'hommage rendu à l'acteur.

Photo D.R. : Michel Bouquet.

Par Philippe MATHON le 16 février 2005 à 06:52
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