
Le cri d'alarme des personnels soignants est remonté jusqu'à Philippe Douste-Blazy. Le ministre de la Santé a demandé dès dimanche l'ouverture d'une enquête administrative sur de "possibles cas de maltraitance" à l'hôpital psychiatrique Esquirol et envoyé illico une délégation sur place. Cette double-initiative intervienait après que le syndicat SUD-Santé de cet hôpital psychiatrique de Saint-Maurice eut dénoncé "la maltraitance des patients". Lors d'une conférence de presse, lundi en milieu de journée, le directeur de l'hôpital, convoqué au ministère le matin même, s'est inscrit en faux contre ces accusations : "je suis formel, aucun cas de maltraitance n'a existé et n'existe dans l'établissement ". Denis Fréchou, qui précise que son hôpital ne fait pas l'objet de restrictions budgétaires, n'exclut pas que "que des poursuites soient engagées au motif d'affirmations diffamatoires".
Dimanche, vers 21h00 et durant une heure environ, l'hôpital a été visité de manière impromptue par le chef de cabinet du ministre, par le directeur de la Direction hospitalière de l'organisation sanitaire (DHOS), par une sous-directrice de la Direction départementale de l'action sanitaire et sociale (DDASS), par deux administrateurs et par le président de la commission médicale d'établissement, en présence d'un chef de service.
"Des matelas et oreillers imbibés d'urine"
Selon le syndicat SUD-Santé (majoritaire) de cet hôpital du Val-de-Marne de 350 lits, "des patients dont l'état de santé nécessite une mise en chambre d'isolement sont contraints d'uriner et de déféquer sur des draps posés au sol, parce que les personnels n'ont plus de seaux hygiéniques à mettre à leur disposition". Cela concerne les patients "agités", qui ne peuvent plus avoir accès aux toilettes, du fait du risque de suicide ou de violence. "Les personnels hospitaliers ne veulent plus travailler si le respect des personnes hospitalisées n'est plus garanti", indique le syndicat.
Autres griefs des syndicalistes : "les matelas, les oreillers imbibés d'urine qui ne sont pas changés, des repas servis tièdes, voire froids, du fait d'un matériel trop vétuste". Pascal Piezanowski, délégué de SUD-Santé, affirme par ailleurs que "des infirmières qui ne supportent plus les conditions subies par les patients ont eu recours aux seaux des agents d'entretien et sont prêtes à en acheter sur leurs propres deniers pour pallier l'incurie de la direction". Pour Philippe Douste-Blazy, "si une telle situation était avérée, il faudra prendre des sanctions exemplaires à la hauteur de l'atteinte à la dignité des patients".
Un préavis de grève a été déposé pour le jeudi 10 février : le personnel manifestera ce jour-là dans la cour de l'hôpital pour porter "des exigences de respect de la dignité humaine", et commémorer la mort entre 1939 et 1945 de 40.000 malades mentaux, "victimes de la faim, de privations, de restrictions, de maltraitance", en affirmant "plus jamais ça".
Les directeurs d'hôpitaux réagissent |
Photo d'ouverture : chambre d'isolement pour patient agité à l'hôpital Esquirol - DR
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