
"Etait-ce nécessaire de montrer ce film ? Je ne sais pas, pour les prévenus peut-être, je ne suis pas sûr qu'ils aient eu conscience des dégâts qu'ils ont pu causer, que ce soit matériel, mais surtout humain". Voilà ce que déclarait André Denis, le président de l'Association des victimes lundi après-midi dans la salle des pas perdus. Comme tous les autres acteurs du procès, il venait de visionner le premier film tourné après l'incendie du 24 mars 1999 dans le tunnel du Mont-Blanc, un document montrant l'étendue des dégâts et la puissance du feu, qui a coûté la vie à trente-neuf personnes.
Ce film de 27 minutes, projeté à la reprise de l'audience au début de la deuxième semaine du procès, couvre l'ensemble de la zone sinistrée dans un long travelling entre le kilomètre 5,5 et le kilomètres 7,3, à partir de l'entrée française du tunnel. Filmé en noir et gris, il montre des poids lourds carbonisés, réduits à l'état de ferraille, des amas de cendre, des entassements de gravats provoqués par la chute du béton du plafond et des parements des murs, tout le reste ayant fondu et coulé, jusqu'à l'asphalte lui-même. Il a été tourné le 12 mai, près de deux mois après l'embrasement d'un camion frigorifique, transportant de la farine et de la margarine. L'incendie s'est propagé à 35 autres véhicules, formant un brasier qui n'a été éteint que deux jours plus tard.
Des véhicules soudés au sol, des gravats, des ossements
Un silence total a régné tout au long de la projection dans la salle d'audience plongée dans le noir. Des personnes parmi les familles des victimes essuyaient quelques larmes et de nombreux membres du public gardaient un visage grave et fermé en gagnant la salle des pas perdus, lors de la suspension d'audience qui a suivi. Des personnes ont été assistées par un psychologue.
"L'intense chaleur, voisine des 1.000 degrés, qui a régné pendant plusieurs heures dans le tunnel, et les multiples explosions de véhicules qui ont suivi", rendaient l'intervention des enquêteurs extrêmement difficile, a expliqué le directeur d'enquête Eric Voulleminot, précisant que l'identification avait nécessité "du temps". La dernière des 39 victimes a été identifiée en août 1999, soit cinq mois après le drame. "Du fait de cette température, seuls des ossements ont été retrouvés, l'intensité de la chaleur avait soudé la quasi-totalité des véhicules au sol", a-t-il poursuivi.
Pour les identifications, les policiers ont procédé par recoupement entre les informations recueillies par une "cellule ante mortem" auprès des proches des disparus et les listings des péages et une "cellule post mortem" qui regroupait les éléments retrouvés sur les véhicules et les restes humains. "La difficulté était de dénombrer les victimes", a dit Philippe Justo, adjoint au directeur d'enquête, précisant que le nombre de disparus, estimé dans un premier temps à 48 avait finalement été arrêté à 39. Pour chaque victime, les policiers ont expliqué où et comment leurs restes avaient été découverts, certains loin de leurs véhicules.
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