© AFP / JEAN-PIERRE CLATOTLe tunnel du Mont-Blanc, où 39 personnes ont péri dans un incendie en mars 1999, a fait l'objet entre 1965 et 1990 de plusieurs rapports sur la sécurité proposant des mesures, mais ces documents ont été suivis de peu d'effets, notamment en ce qui concerne l'organisation des secours.
Franco Cuaz, 79 ans, directeur d'exploitation du tunnel, de son ouverture en 1965 à 1990, est venu lundi expliquer devant le tribunal de Bonneville qu'il avait connu pendant cette période vingt débuts d'incendie dans le tunnel. Ces incendies, qui n'ont pas fait de blessé, ont fait l'objet de plusieurs rapports. Si les recommandations concernant les moyens matériels ont généralement été suivies, celles concernant l'organisation des secours, la mise en place des pompiers à chaque entrée, l'organisation répétée d'exercices et l'élaboration d'un plan de sécurité sont restées ignorées.
"Personne ne m'a signalé l'existence de ces rapports"
Rémy Chardon, président de la concession française au moment du drame et poursuivi pour "homicides involontaires", a déclaré ne pas avoir eu connaissance de ces rapports anciens. "Personne ne m'a signalé l'existence de ces rapports, j'ai pris connaissance de rapports plus récents. Si j'en avais eu connaissance, je les aurais lus, et s'ils avaient donné des recommandations de sécurité, j'eu aurai tenu compte", a-t-il dit.
Parmi ces rapports, celui du chef des pompiers de Genève, le Major Jean-Marc Delesderer, en 1969, recommande de poser des extincteurs dans le tunnel tous les 100 mètres, de positionner des pompiers à chaque entrée du tunnel, de faire des exercices réguliers, de limiter la vitesse et de faire respecter la distance de sécurité de 100 m. Le rapport Franchesci de 1970, écrit par un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur, recommande d'équiper les pompiers en appareils respiratoires autonomes et insiste sur la rapidité d'intervention. "Il faut commencer le sauvetage et attaquer le feu en moins de 10 minutes car au-delà, cela devient difficile ou impossible", indique le texte. Enfin, un rapport de 1972 pose le problème du bouchon de fumée, un autre du Centre d'étude des tunnels (CETU) de 1973 insiste sur le rôle de l'opacité de la fumée qui gène les secours. Des points qui se sont révélés cruciaux dans le drame du 24 mars 1999.
Photo d'ouverture : l'arrivée à l'audience, lundi, de Rémy Chardon, président de la concession française au moment du drame - AFP / JEAN-PIERRE CLATOT
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