
Jean-Pierre Raffarin a choisi, samedi soir, le cadre du dîner annuel du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) à Paris pour annoncer son prochain voyage en Israël. Il s'y rendra les 15 et 16 mars pour l'inauguration du nouveau mémorial de Yad Vashem (le Mémorial de la Shoah à Jérusalem), répondant à l'invitation du gouvernement israélien. "Je suis très heureux de me rendre pour la première fois en Israël, dans cet Etat ami", a souligné le Premier ministre. "Honorer la mémoire des Justes qui, au péril de leur vie, sauvèrent leurs frères en humanité, c'est promouvoir une mémoire d'espoir". La dernière visite d'un chef de gouvernement français dans l'Etat hébreu remontait à celle, en février 2000, de Lionel Jospin.
En réponse aux sévères critiques du président du Crif, Roger Cukierman, qui mettait en avant "l'incompatibilité entre la politique étrangère de la France et sa politique intérieure de lutte contre l'antisémitisme", Jean-Pierre Raffarin a affirmé qu'il ne voulait "pas polémiquer" et que "la politique de la France au Proche-Orient n'a qu'un seul parti pris : celui de la paix, de la réconciliation et de la sécurité". "Nous pouvons faire de 2005 l'année de la paix entre Israéliens et Palestiniens", a-t-il insisté. "La rencontre entre Ariel Sharon et Mahmoud Abbas est le signe d'un espoir retrouvé, avec l'engagement réciproque d'un cessez-le-feu, certes fragile, mais qui constitue un pas essentiel vers la confiance".
"Nous n'avons pas à rougir de l'action de la France !"
Répondant également aux critiques de Roger Cukierman sur la lenteur, selon lui, de l'interdiction de la chaîne du Hezbollah Al Manar en France, le Premier ministre a souligné que celle-ci devait se faire "dans le respect du droit". "J'avais pris des engagements, je suis fier d'être devant vous aujourd'hui car je les ai tenus. Dans le passé, j'ai vu des démarches légitimes affaiblies par leur fragilité légale", a insisté Jean-Pierre Raffarin. "Nous n'avons pas à rougir de l'action de la France sur ce sujet ! Dans cette affaire, il ne pouvait y avoir aucune compromission, vous le savez bien, monsieur le président !", a-t-il ajouté, visiblement piqué au vif par les attaques du Crif.
Soulignant le fait que le Comité interministériel français de lutte contre le racisme et l'antisémitisme, mis en place en décembre 2003, était "cité en exemple par de nombreux Etats", le Premier ministre a souhaité "qu'une démarche analogue de concertation puisse être engagée au niveau européen". Et Jean-Pierre Raffarin a annoncé samedi soir qu'il proposerait aux pays de l'Union européenne de faire inscrire la lutte contre le racisme et l'antisémitisme "de façon régulière et spécifique à l'ordre du jour" des réunions de ministres de l'UE.
Au cours de ce même dîner du Crif, Jean-Pierre Raffarin a enfin dénoncé samedi soir, sans citer de noms, "ceux qui font du racisme un fonds de commerce, un fond de salle pour certains artistes qui cherchent à faire applaudir la haine". Des propos qui pourraient viser l'humoriste Dieudonné, accusé par la communauté juive de promouvoir l'antisémitisme. Sans citer non plus le récent livre "Pogrom" d'Eric Bénier-Burckel, le Premier ministre s'est dit "particulièrement vigilant quant à certaines initiatives supposées littéraires, telles que celle, qui récemment était présentée dans la presse (NDLR le journal Le Monde) comme un livre inqualifiable".
Photo d'ouverture : l'arrivée de Jean-Pierre Raffarin au dîner du Crif, samedi soir - DR
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