© INTERNELe 23 mai 2004, une partie du terminal 2E de l’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle s'effondrait, tuant quatre personnes et en blessant trois autres. Le Parisien a publié lundi matin les conclusions d’un rapport confidentiel réalisé par la commission d’enquête administrative nommée par le ministre des Transports pour comprendre les causes de l’effondrement. Des conclusions qui, selon le journal, après huit mois d'enquête, accablent tant les architectes de l’ouvrage qu’Aéroports de Paris (ADP).
L'effondrement du terminal est lié "à la perforation de la voûte en béton par les butons", qui sont des étais métalliques cylindriques sur la coque en béton pour supporter le poids de la verrière de l'ouvrage. Ces conclusions correspondent à l'une des pistes évoquées par un rapport d'étape du 6 juillet 2004, précise le quotidien. En clair, la voûte n'aurait pas eu la résistance nécessaire pour supporter la pression de chaque buton. "Les experts, qui ont procédé depuis juillet à un examen détaillé des décombres et mené des tests de matériaux en laboratoire, ont mis en évidence un manque de ferraillage dans le béton, détaille encore le Parisien. De plus, les larges ouvertures creusées à flanc de voûte pour installer trois passerelles de liaison entre la jetée et les zones de boutiques auraient constitué des éléments aggravants, contribuant à fragiliser la structure en béton".
Prolongeant ces conclusions, une source proche du dossier affirme que l'ensemble de la chaîne de construction a été à la limite de la conformité, ce qui explique que le bâtiment "a fini par s'effondrer". Et de détailler : "en analysant les fondations, on s'aperçoit qu'elles étaient ultra-limites parce que Solétanche, entreprise la plus compétente sur ce sujet et numéro un mondial, a gratté jusqu'à l'os. Elle a été conforme, mais limite". Idem pour la structure verticale, "où il a notamment fallu revenir en arrière pour renforcer les poteaux, construits par la société Hervé, qui a été retenue car ses prix étaient les plus bas". Conséquence : architectes, membres de la direction d'Aéroports de Paris (ADP) et bureaux vérificateurs devraient être bientôt mis en examen par le juge Le Loire, selon une source proche de la direction d'ADP. Le nom du président d'ADP, Pierre Graff, est notamment cité.
Le ministère temporise
Le ministère des Transports temporise après les révélations du Parisien. Il a indiqué lundi matin que les conclusions de l'enquête administrative sur l'accident seront rendues publiques le 15 février. En précisant que le rapport n'est pas encore rédigé (il devrait être remis au ministre d'ici vendredi). Et en démentant la mention de défauts de conception architecturale de l'ouvrage. Par ailleurs, ajoute le ministère, l'objet de ce rapport n'est nullement de chercher des responsabilités, et il est donc exclu que la commission ait pu préconiser la moindre mise en examen, "ces questions relevant des actions engagées par la justice". Le ministère est en revanche muet sur la possibilité de telles mises en examen par suite de l'action de la justice, indépendamment du rapport de la commission d'enquête administrative.
L'architecte, pour sa part, charge un peu plus les sociétés qui ont réalisé le terminal 2E. Selon Paul Andreu, qui s'est exprimé lundi via un communiqué, l'effondrement du bâtiment "a pour cause une insuffisance de l'armature en acier du béton", qui "constitue un tâche d'exécution à la charge des entreprises de BTP".
En ce qui concerne l'avenir du terminal 2E, plusieurs scénarios sont à l'étude. ADP envisageait encore récemment de démolir "soit la zone où l'effondrement s'est produit, soit toute la jetée d'embarquement". "Le coût serait le même, mais les délais en termes d'exploitation seraient sensiblement différents", ajoute la source proche de la direction d'ADP.
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