Zéro pointé en orthographe !

Par Pauline POLGAR, le 01 février 2005 à 12h00 , mis à jour le 01 février 2005 à 15h50

Une enquête menée par le collectif de professeurs "Sauver les lettres" dresse un constat accablant du niveau en orthographe des élèves à la sortie du collège, qui aurait chuté en quatre ans. 56 % des élèves de seconde soumis à l'étude cette année ont eu zéro à une dictée du brevet de 1988.

salle de classe © INTERNE

"On ne peut vraiment rien trouver de plus délicieux, de plus retiré que ce petit village perdu au milieu des roches (…)" Par ces mots délicats d'Alphonse Daudet — tirés des Contes du Lundi — débute la dictée du brevet des collèges de 1988 à laquelle 2300 élèves de seconde ont dû se frotter à la rentrée de septembre. Le bilan de ce test mené par le collectif de professeurs "Sauver les lettres" est accablant : plus de la moitié des copies présente une quinzaine de fautes ou plus, ce qui équivaut à la note zéro et, parmi celles-ci, 30% additionnent un total supérieur à vingt fautes.

L'objectif du collectif ne se limitait pas à tester le niveau de langue à l'entrée au lycée, il cherchait également à déterminer l'évolution du niveau et, par la même, l'efficacité des politiques mises en place, quatre ans après avoir effectué la même étude. Le verdict reste sans appel : alors que le nombre d'élèves ayant subi la dictée en 2004 est plus important — ils étaient 1700 en 2000 — le nombre des élèves qui ne savent pas écrire ou analyser correctement les mots du poète provençal a plus que doublé.

Des objectifs ministériels insuffisants

Selon "Sauver les lettres", dans son analyse mise en ligne sur son site internet —www.sauv.net— cette "dégringolade vertigineuse", qu'il n'hésite pas à qualifier de "naufrage de l'instruction publique", serait due en grande partie à l'application des nouveaux programmes de français de 2000 qui prônent une "approche globalisante" de l'écrit dès le CP. Pour eux cette approche a provoqué ces ravages. Elle consiste, si on la décrit de manière basique, à privilégier dans l'apprentissage de l'orthographe, les méthodes dites globale ou semi-globale — association d'un mot à une image — à celle dite syllabique — B+A=BA — et dans celui de la grammaire et de la conjugaison, l'analyse de texte plus que de mots.

François Fillon, dès son entrée au ministère de l'Education nationale, a affirmé des objectifs clairs quant à l'apprentissage des "fondamentaux" aux écoliers, en prônant en premier lieu le retour de la dictée. Des paroles néanmoins insuffisantes pour les professeurs de "Sauver les lettres", selon lesquels le ministre ne se donne pas les moyens de ses ambitions dans l'école publique, en introduisant notamment de nouvelles disciplines dans ces fondamentaux, telles que l'informatique ou une langue étrangère, au détriment d'un renforcement des heures des matières de base, comme le français ou les mathématiques. Reste à constater si le "petit village" décrit par Alphonse Daudet, retrouvera dans quatre ans ses lettres de noblesse auprès des élèves.

(Photo : archive)

Par Pauline POLGAR le 01 février 2005 à 12:00
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