
L'appel de Florence Aubenas, diffusé mardi sur une chaîne de télévision italienne, a fait sortir Didier Julia du silence. En soirée, invité du 20 heures de TF1, l'élu UMP, affirmant qu'il avait "coupé les circuits" avec l'Irak depuis son expédition malheureuse pour secourir les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot, a offert de nouveau ses services : "je suis prêt à reprendre mes contacts si le gouvernement le souhaite", a-t-il indiqué. Concernant la raison de cet appel de la journaliste de Libération, il a estimé : "Ce sont les ravisseurs qui la détiennent qui lui ont demandé de citer mon nom (...) Ce sont des gens qui me connaissent, et probablement que je connais". Il a ajouté que les ravisseurs sont "certainement des nationaux, pas du tout des mafieux, des résistants qui défendent la cause nationale irakienne".
Non à l'initiative personnelle
Plus tôt dans la journée, il avait déjà demandé à l'Etat de lui rendre sa "liberté d'action". Puis il s'était entretenu avec Edouard Balladur, président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, lequel lui avait alors conseillé "de ne rien faire qui n'aurait l'accord du gouvernement". Message similaire du président du groupe UMP à l'Assemblée : Bernard Accoyer avait prévenu que le gouvernement ne juge "pas souhaitable" que Didier Julia prenne la moindre "initiative personnelle" en faveur de Florence Aubenas, tout en lui demandant de se tenir "à la disposition du gouvernement, comme tout parlementaire dans une situation aussi grave que celle-ci". A quoi Julia avait simplement répondu qu'il se tenait "à la disposition du gouvernement pour toute initiative qu'il jugera utile".
Mais Julia ne compte pas en rester là. Outre son passage sur TF1, il a accordé une interview au Parisien, parue ce mercredi, dans laquelle il demande au ministre des Affaires étrangères Michel Barnier de "retirer sa plainte" contre lui. "Le gouvernement m'a mis des chaînes autour des pieds", "je suis dans la situation de celui qui a les bras et jambes coupés par la justice et le gouvernement", affirme Julia. "On m'empêche d'agir pour le bien". Réponse du garde des Sceaux, Dominique Perben, mercredi matin : "Didier Julia a tout à fait sa liberté de déplacement, d'aller et venir (...) Il n'y a aucune mesure actuellement de contrôle judiciaire sur lui".
Pourquoi maintenant ? Pourquoi par ce canal ?
Les offres de service de Didier Julia ne sont pas exemptes d'accusations. Mardi, le bouillant député UMP a également affirmé que le gouvernement sait depuis un mois où est détenue Florence Aubenas. Et de lancer : "si les ministres sont incapables de faire quelque chose, que voulez-vous que je fasse ?" A quoi Matignon a rétorqué n'avoir "toujours pas de revendication, ni de contact direct" avec les ravisseurs de Florence Aubenas. Avant d'annoncer que la dernière vidéo montrant Florence Aubenas, survenant quelques jours après un autre enregistrement significativement différent mais qui, lui, n'avait pas été diffusé au grand public et ne faisait pas mention de Didier Julia, est actuellement en cours d'analyse.
"Il y a de multiples interférences dans ce genre d'affaires venant d'individus ou de groupes organisés. Il faut vraiment faire un travail de validation", a ajouté l'entourage de Jean-Pierre Raffarin. Plus explicite, une source proche de la Direction générale pour la sécurité extérieure (DGSE) a déclaré : "tous les services de la Défense étudient ce film, qui pose beaucoup de questions. Pourquoi a-t-il été médiatisé ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi par ce canal ? Et pourquoi demande-t-on à Florence Aubenas de demander l'aide de Julia ?"
Du côté des journalistes, Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), estime que "l'important, c'est que Florence Aubenas est vivante" et que la cassette n'est pas accompagnée de "menaces explicites". Cependant, selon lui, "on ne peut pas imaginer que le nom de (Didier) Julia ne lui a pas été dicté par les ravisseurs, mais il ne faut pas se prêter au jeu des polémiques politiciennes". Même analyse de la part de Serge July, interrogé sur LCI : pour le directeur de Libération, "on peut penser que Florence ne fait pas mention librement de Didier Julia".
"Quand on veut chasser quelqu'un, on ne parle plus de lui" |
Environ 1.500 personnes - élus, artistes, présidents d'université, scientifiques, etc. – se sont réunies mardi soir dans la salle de spectacle de la Halle aux grains à Toulouse pour soutenir les otages en Irak, Florence Aubenas, Hussein Hanoun et Giuliana Sgrena. "Mon chagrin est immense et mon espoir est infini", a lancé Jacqueline Aubenas, la mère de Florence. "C'est paradoxalement une bonne nouvelle. Après 55 jours de silence, nous souhaitons que ce soit le début d'un processus qui conduise à son retour comme à celui d'Hussein, dont nous sommes sans nouvelle", a déclaré Jacques Amalric, éditorialiste à Libération. La soirée s'est poursuivie par la lecture par des personnalités toulousaines de dizaines de messages de solidarité adressés aux otages, entrecoupés des notes de rappeurs, de musiciens du Capitole, de percussions, et de démonstrations de karaté et de taï-chi. "Dans mon village en Kabylie, où Florence est allée, on dit que quand on veut chasser quelqu'un, quand on veut le faire disparaître, on ne parle plus de lui", a dit Alain Ioualalen, chirurgien à Toulouse, résumant le besoin de continuer à se mobiliser pour les otages en Irak et ailleurs dans le monde. |
(photo d'ouverture : Didier Julia, interviewé mardi soir au 20 heures de TF1 - DR)
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