PARIS, 21 avril - A 22H30, devant une assistance choquée, Lionel Jospin annonce son "retrait de la vie politique". De son élimination dès le 1er tour de l'élection présidentielle au profit de Jean-Marie Le Pen, il parle de "coup de tonnerre". © INTERNEPresque trois ans jour pour jour après le séisme politique du 21 avril, rien n'a changé ou presque. La presse accueille les sondages donnant le non au traité victorieux avec les mêmes accents, mi-angoissés, mi désabusés. Catastrophe prévisible, référendum exutoire, piège politique, les éditorialistes ressortent peu ou prou les mêmes arguments qui expliquaient l'accession de Jean-Marie Le Pen au second tour. Dans le Figaro qui publie l'enquête Ipsos (52% pour le non), Pierre Giacometti explique que "la situation économique et sociale mais aussi un pouvoir impopulaire et une Europe sans visibilité produisent des effets aussi violents qu'en période de campagne électorale. Dans de nombreuses catégories sociales, on mesure même la peur et l'angoisse de voir s'installer l'appauvrissement chronique de leur situation." En clair, le non n'a pas besoin de faire campagne, il lui suffit de capitaliser les multiples mécontentements.
Dans l'Express, Denis Jeambar l'affirme haut et fort : "la France rumine". "De toute évidence, Jacques Chirac, qui en a vu beaucoup, le pressent : son obsession du "pas de vagues" qui le conduit à battre en retraite sur la moindre réforme (…) trahit une vraie peur d'un grand désordre qui coagulerait les angoisses hétéroclites de ce vieux pays gaulois." Et l'éditorialiste de conclure que les "Français peuvent provoquer le 29 mai l'une de ces crises ouvertes dont ils ont le secret pour mettre la France et l'Europe cul par-dessus tête et essayer, en un coup de gueule national, de remettre les pendules à l'heure".
"Vous imaginez Mitterrand posant avec Giscard ?"
Remettre les pendules à l'heure et changer de destin avec un autre projet, telle pourrait être la tache que s'assigne l'opposition de gauche. Mais comme le titre Le Parisien, ce référendum provoque une "crise de nerfs au PS". Le quotidien rapporte la nervosité qui régnait dimanche au Conseil national du PS et les discussions en coulisses sur la "belle connerie" de François Hollande : sa couverture de Paris-Match tout sourire aux côtés de Nicolas Sarkozy. "Vous imaginez Mitterrand posant avec Giscard ?" se demande le fabiusien François Loncle, cité par le Figaro. Et pendant ce temps-là, les partisans du oui ne font pas campagne, trop occupés à réfléchir sur d'éventuelles sanctions contre les franc-tireurs du parti. Toujours dans L'Express, Christophe Barbier explique que "le non progresse aussi car depuis quelques semaines, la stratégie initiale du oui s'épuise. L'artillerie de la culpabilisation n'a pas atteint son but (…) Le non est servi par la réalité, le oui exige la réflexion.
A droite, explique Libé, "ce n'est pas la panique, mais presque (…) L'heure est si grave que François Bayrou, qui ne cesse de critiquer le chef de l'Etat depuis bientôt trois ans, en appelle à Jacques Chirac pour sauver le oui au référendum". Mais pour un ministre chiraquien cité par le journal, "la phase de dramatisation n'est pas pour tout de suite".
Quoi qu'il en soit, pour la France qui a toujours voulu faire adopter une Constitution européenne, ce tournant dans la campagne référendaire va susciter commentaires et railleries chez nos partenaires européens. Les Français seraient immatures au point de ne pas répondre à la question qui leur est posée. En effet, "il y a dans les franges de la gauche française une propension séculaire à l'exception politique mais il est vrai aussi qu'il y a en France un Jacques Chirac dont l'incrustation élyséenne apparaît à beaucoup, non sans raison, comme un insupportable fardeau" nuance Libération. "Voter non, c'est l'affaiblir : le référendum est une sorte de primaire pour la présidentielle" conclut L'Express.
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