© afpLa président portugais de la Commission européenne, José Manuel Barroso, souhaite-t-il secrètement que les Français rejettent en mai prochain le traité européen qui, en fin de compte, réduirait ses pouvoirs et soumettrait son équipe à plus de contrôle démocratique ? La question peut se poser tant son insistance à brandir le chiffon rouge de la directive Bolkestein fait des ravages dans la campagne française pour le référendum européen.
Fin février, Jacques Chirac pensait en avoir fini avec ce projet visant à libéraliser les services en Europe mais lundi, José Manuel Barroso a réaffirmé que la Commission n'abandonnerait pas le fameux principe du "pays d'origine" à l'origine de la polémique. "Certaines personnes n'ont pas encore remplacé leur logiciel", a-t-il lancé. "Ils n'ont pas encore compris que le rôle de la Commission n'était pas de protéger les intérêts des Quinze contre les dix autres nouveaux. Ils ont tort." Les intéressés ont apprécié et ses propos lui ont valu mardi un coup de fil viril du président de la République française qui a demandé la "remise à plat" de la directive.
Au même moment, à l'Assemblée nationale, les députés débattaient du projet. Et même s'il fait figure de grenade dégoupillée pour les partisans du "oui", ils n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur la stratégie à adopter. "On ne rame pas contre un tsunami" reconnaissait humblement Hervé Novelli. Les UMP et les UDF se sont prononcés pour un "réexamen" de la directive alors que le PS a rejoint le PC pour demander un "retrait pur et simple". Le président de l'Assemblée Nationale lui-même, le chiraquien Jean-Louis Debré, n'a pas hésité à affirmer en soirée que la France ne peut pas accepter la directive Bolkestein, qui pourrait provoquer "une grave crise européenne" si elle n'est pas réécrite. Dans les couloirs, le députée européen Philippe de Villiers ne pouvait manquer une telle occasion pour dénoncer "Bolkestein, Frankenstein, un million de chômeurs en plus". Mercredi matin, le leader souverainiste développait un angle simple pour lancer officiellement sa campagne pour le non : "Je lance un appel à Jacques Chirac : si vous ne voulez pas la directive Bolkestein, votez non" affirmait-il.
"Rien n'est décidé"
Avec sa double casquette de commissaire européen et d'ancien ministre français, Jacques Barrot tente donc depuis 48 heures d'éteindre l'incendie, d'interview en inteview. Dans Le Monde daté de jeudi, il affirme que "tout le monde comprend, à la Commission, que ce n'est pas le moment de venir interférer avec ce grand débat sur la Constitution européenne". Tout le monde… sauf apparemment son président. Et Jacques Barrot d'expliquer que "rien n'est décidé, la balle étant maintenant dans le camp du parlement". Un parlement qui verrait, avancent les partisans du oui, ses pouvoirs renforcés en cas d'adoption du traité européen. Il serait en effet informé plus en amont des projets de directive et associé plus étroitement à leur rédaction.
Mais au delà d'un tel débat passionné, peu compréhensible par l'opinion et souvent teinté de mauvaise foi, la directive Bolkestein pointe une nouvelle fois les contradictions d'une construction européenne que l'on accuse de tous les maux. Les pays fondateurs de l'UE doivent aujourd'hui composer avec dix nouveaux membres qui souhaitent profiter à plein de l'ouverture des marchés pour rattraper leur retard. Le progrès social n'a plus forcément la même signification à Paris, Londres ou Varsovie. Et pour Barroso, la libéralisation des services constitue un véritable gisement de croissance et d'emplois. La bataille s'annonce donc rude, à la fois entre les pays membres, les députés européens et même au sein de la Commission qui s'est déchirée sur ce dossier entre "libéraux" et "interventionnistes" sur l'avenir de ce texte. Mais pour Jacques Chirac, elle doit attendre le lendemain du référendum pour débuter.
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