
Voilà un sondage qui fait du bruit : en pleine polémique sur la directive Bolkestein, sur fond de manifestations sociales et lycéennes, le "non" au référendum du 29 mai sur la Constitution européenne est en effet en tête pour la première fois depuis le début des enquêtes d'opinion sur le sujet. Selon une enquête CSA-Le Parisien publiée vendredi, le "non" l'emporterait en effet avec 51% des voix contre 49% au "oui". 53% des personnes disent vouloir s'abstenir, voter blanc ou nul.
Réagissant à ce sondage, Jacques Chirac a déclaré vendredi soir à l'Elysée, lors d'une conférence de presse commune avec les dirigeants russe, allemand et espagnol, qu'il faisait "confiance" aux Français "pour qu'ils discernent l'intérêt qui est le leur, celui de notre pays et celui de leurs enfants". Dans la même tonalité non-alarmiste, quelques heures plus tôt, Jean-Pierre Raffarin avait dit face aux jeunes du Parti populaire européen qu'il recevait à Matignon : "l'incertitude du référendum est nécessaire pour que chaque Français ressente son rôle historique. Si le résultat est connu d'avance, la responsabilité n'est pas engagée. Avec un résultat fifty-fifty, les Français seront personnellement responsables de leur choix". Jeudi soir à Strasbourg, où il tenait le premier meeting de la campagne de l'UMP pour le "oui", Nicolas Sarkozy avait de même indiqué qu'il n'était "pas inquiet".
"A nous de convaincre"
Coût de la campagne 130 millions d'euros, soit 3 euros pour chacun des 42 millions d'électeurs inscrits |
A gauche, chez les partisans du oui, on tente aussi de jouer la sérénité. "Ce sondage ne doit pas faire paniquer les partisans du oui. Il faut simplement que maintenant ils fassent leur travail, expliquer pourquoi la Constitution européenne est utile, pourquoi elle est un bon compromis", a estimé Julien Dray sur RTL. Et jeudi soir, sur LCI, François Hollande a estimé qu'"aucun résultat n'est jamais acquis d'avance, ni dans un sens ni dans l'autre". "A nous de convaincre que ce qui est en cause, c'est l'avenir de l'Europe. S'il y a une crise européenne, il y aura aussi une crise en France, et la crise n'est jamais favorable à la gauche. Elle ne l'a pas été le 21 avril, elle ne le serait pas davantage au plan européen et national". De son côté, sur France 2, Laurent Fabius, n°2 du PS, favorable au "non", a préféré rester "prudent" et n'a pas fait de commentaire sur ce sondage.
Farouche partisan du non, Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, a assuré pour sa part jeudi soir sentir "sur le terrain", le non à la Constitution européenne "monter lentement mais sûrement.
Erosion
Ce sondage intervient après une série marquant une érosion du "oui ". Ainsi le 12 mars, une enquête BVA le donnait à 56%, en baisse de deux points par rapport à février. Deux jours plus tôt, le "oui" avait cependant été évalué à 60% contre 40% pour le "non" selon IPSOS. Le 5 mars, les personnes interrogées par IFOP étaient à 58% pour le "oui", 3% de moins que début février. Ce mouvement de décrue a été pratiquement continu depuis le début de l'année, avec seulement une certaine stabilisation en février.
*Sondage réalisé les 16 et 17 mars, par téléphone, auprès d'un échantillon représentatif de la population française de 18 ans et plus, inscrite sur les listes électorales (méthode des quotas, stratification par région et taille d'agglomération).
Mélenchon brave les consignes et s'affiche avec le PC Le meeting de la gauche pour le "non", à l'appel du PCF, a rassemblé 1 500 personnes jeudi soir au gymnase Japy à Paris, autour de Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF et de Jean-Luc Mélenchon, sénateur PS. L'arrivée de ce dernier, qui s'affiche pour la première fois sur une tribune pour le "non" de gauche en contradiction avec la ligne de son parti, a été particulièrement suivie par les nombreux médias se bousculant pour l'interroger sur sa présence à ce meeting. "Un constat : le "non" socialiste existe, il prend sa place dans le combat du "non" de la gauche", a-t-il lancé. "Ma présence va décomplexer le "non" socialiste, c'est fait pour ça", a-t-il ajouté.
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