Pédophilie : le drame d'Angers devant la justice

le 03 mars 2005 à 07h00 , mis à jour le 03 mars 2005 à 15h47

Comment 45 enfants ont-ils pu être abusés ou prostitués par leurs parents, alors que les familles étaient suivies par les services sociaux ? C'est l'une des questions auxquelles devra répondre le procès qui s'ouvert aujourd'hui à Angers. Un procès qui pourra difficilement faire abstraction du souvenir de l'affaire Outreau.

Procès pédophiles angers

Pour le procès qui vient de s'ouvrir aujourd'hui à Angers, la justice entend éviter tout parallèle avec l'affaire d'Outreau. L'instruction a été unanimement qualifiée "d'exemplaire" et la majorité des accusés (39 hommes et 27 femmes) ont avoué. Mais, reconnaissent certains avocats, le précédent d'Outreau sera difficile à oublier lors des débats. La dimension du réseau et le nombre des victimes (45 enfants, âgés de 6 mois à 12 ans lors des faits) favorisent l'amalgame.

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"Comme dans toute affaire de moeurs, le plus difficile a été de recueillir le témoignage des enfants, mais dans ce dossier il y a eu en plus la difficulté découlant du nombre important de victimes et d'accusés", résume Hervé Lollic, vice-procureur chargé des relations avec la presse. La première révélation au grand public remonte au 7 mars 2002. Le procureur de la République d'Angers, Marc Désert, annonce la mise en examen de sept personnes, quatre hommes et trois femmes pour viols sur une vingtaine d'enfants de 2 à 12 ans, agressions sexuelles, complicité, non dénonciation de crimes et proxénétisme. Il souligne alors que l'enquête se poursuit et pourrait aboutir à la découverte d'autres victimes.

Une assistante sociale dans le box

"L'une des principales mises en cause a expliqué que des enfants étaient régulièrement reçus à son domicile pour être abusés, ce qui a permis de donner sa dimension au dossier", souligne Hervé Lollic. L'enquête révèle bientôt que des parents "abusaient leurs propres enfants, les enfants de leurs concubines et les amis de leurs enfants", selon le magistrat. Une mère aurait tiré de la prostitution de ses propres enfants une rémunération de plus de 300 euros par semaine.

Mais comment expliquer une telle dérive alors que la plupart des familles étaient suivies par les services sociaux ? L'avocat d'un des mis en examen, Me Pascal Rouiller, dénonce des dysfonctionnements. "Les victimes elles-mêmes, souvent issues de familles à problème, étaient suivies par des juges des enfants", explique-t-il. Début avril 2002, une assistante sociale de 29 ans, elle-même mère d'enfants victimes d'actes pédophiles, a d'ailleurs été mise en examen. Elle sera poursuivie pour "non dénonciation".

Le procès devrait durer environ quatre mois. 39 des accusés comparaîtront détenus pour "viols sur mineurs par personne ayant autorité" ou "par ascendant" et/ou "proxénétisme aggravé en bande organisée". Les 27 autres sont poursuivis pour des délits connexes ("agressions sexuelles", "corruption de mineurs" et "non dénonciation de crimes" notamment). Les peines encourues vont de trois ans d'emprisonnement à la réclusion criminelle à perpétuité pour trois accusés en état de récidive légale, déjà condamnés dans des affaires de moeurs. Les jurés - 9 titulaires et jusqu'à 8 suppléants, tirés au sort parmi une liste de 35 personnes - pourront, comme les magistrats, bénéficier d'un soutien psychologique, notamment pour affronter le caractère particulier d'un dossier qualifié de "sordide" par avocats et magistrats. Outre la sélection des jurés, la cour doit faire savoir, lors de cette première journée d'audience sa décision concernant la publicité des audiences qui devraient se tenir à huis clos partiel.

Photo d'ouverture : la salle d'audience aménagée dans la salle des pas perdus du tribunal d'Angers - AFP / FRANK PERRY

le 03 mars 2005 à 07:00
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