
Lycéens. Simon, Mattéo et Manon sont lycéens à Paris. Assis sur le trottoir, en face de la mairie du XIIIè arrondissement, ils bricolent à la hâte des boîtes en carton. "Ce sont des urnes, explique Mattéo. On fait partie de la coordination nationale des lycéens et on est venu collecter des sous auprès des manifestants, syndicats et profs. Ça nous permettra de financer nos actions à nous". Lors de la manifestation des chercheurs, mercredi, ils ont ainsi récolté 761 euros en une demi-heure. Aujourd’hui, ils espèrent obtenir 4.000 euros.
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| Simon, Mattéo et Manon |
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| Didier (2e en partant de la gauche) et ses collègues |
Transports privés. Didier est arrivé en car avec une heure d’avance sur le départ de la manifestation. Comme les collègues qui l’accompagnent, il est chauffeur pour une compagnie privée de transport de voyageurs en vallée de Chevreuse. "Nous sommes venus réclamer des augmentations de salaires, explique-t-il calmement, prenant la parole en tant que délégué syndical FO de son entreprise. On veut plus de pouvoir d’achat. Moi, ça fait presque dix ans que je travaille dans cette boîte et je gagne 1,10 euro de plus que le SMIC… vous trouvez ça normal vous ? Dans les Transports, on a aussi beaucoup de problèmes avec les horaires. La règle, c’est les 35 heures, mais dans la réalité on en fait jusqu’à 56 par semaine ! On fait souvent des journées de 14-15 heures. Ce n’est bon ni pour nous ni pour la sécurité des voyageurs ".
Dans l’entreprise de Didier, 10% des 350 employés sont officiellement en grève. "La mobilisation n’est pas très forte car ils ont peur des représailles, explique-t-il. C’est compréhensible, on travaille dans le privé. Et la direction est très ferme : si on n’est pas content, on n’a qu’à dégager, d’autres nous remplaceront. Il faut que le gouvernement prenne des mesures, qu’il nous écoute. Nous demander de travailler le lundi de Pentecôte sans contrepartie, ce n’est pas possible. "
Santé. Jean-François a 45 ans. Depuis 26 ans, il est aide-soignant à l’hôpital public de Tenon, dans le XXe arrondissement de Paris. Cette fois-ci il en a vraiment marre, alors il manifeste. Arborant une blouse blanche "spéciale manif " (cf photo), foulard Sud Santé noué autour du cou, il déballe tout en vrac : "Ce n’est plus possible de tenir dans le milieu de la Santé. On n’a pas d’application réelle des 35 heures, nos salaires n’augmentent de rien du tout. Dans l’ensemble des AP-HP, il manque au moins 2.000 infirmières. C’est catastrophique ! " Il espère qu’avec cette manifestation, le gouvernement prendra conscience de la situation, tout en restant assez dubitatif sur l’avenir : "Il y avait eu des grandes mobilisations en 1989, mais on en est quand même arrivé là aujourd’hui". Et d’insister : "Rendez-vous compte, je travaille la nuit et il est fréquent que nous ne soyons qu’une infirmière et un seul aide-soignant pour 25 malades. On ne peut pas prodiguer de soins corrects aux patients dans ces conditions-là. Chirac avait pourtant dit en 2002 qu’il faisait de la cancérologie une priorité, non ? "
Jean-François, aide-soignant
Banque. Martine travaille au CIC, à Tournan-en-Brie, en Seine-et-Marne. Affiliée à la CGT, elle est venue sur Paris avec ses collègues de la banque. "Il faut que le gouvernement comprenne bien qu’on en a ras-le-bol de tout. Si je suis là aujourd’hui, c’est évidemment pour réclamer une augmentation des salaires et le maintien des 35 heures, explique cette femme de 53 ans, mère de deux enfants. Mais c’est aussi par solidarité avec mon gendre qui est au chômage. Le contexte actuel est trop difficile, lance-t-elle tout en marchant d’un pas pressé pour ne pas perdre de vue ses collègues. Le gouvernement a une attitude inadmissible vis-à-vis de nos problèmes. Raffarin se révèle encore pire que les autres. On attend le retour de la gauche, il est temps". 
Martine
Mal logés. Il se surnomme lui-même Satanas - et son petit chien, Diabolo. Sur la place d’Italie, tout le monde le remarque. Accoutré d’un treillis, débordant de breloques et de badges, il porte son Yorkshire sur son ventre. Derrière son look déjanté, " son bouclier psychiatrique " comme il l’appelle, l’homme, âgé de 46 ans et sous tutelle, a pourtant un discours raisonné. " Je suis ici pour me battre contre l’exclusion. Je suis contre les Jeux Olympiques et je le dis. On s’en fout des JO ! A quoi bon construire des tramways et des stades quand on n’est pas foutu d’aider les gens qui dorment dans la rue. On donne des 600 m² aux Gaymard et compagnie, et pour les autres on laisse les bouches de métro. Ce que je constate, c’est que depuis 1954, l’Abbé Pierre se bat contre ça et que rien n’a changé ". Parce qu’il mène la lutte au nom des sans logis, il est, avec son chien, de toutes les manifs. Hier à Saint-Denis pour des gens à qui EDF avait coupé l’électricité. Demain, devant l’Unicef, aux côtés des sans-papiers… Et ainsi s’égrènent les semaines. 
"Satanas et Diabolo"
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