© AFPLa lourde mécanique s'est mise en marche. Le procès des marchés publics d'Ile-de-France a débuté lundi devant le tribunal correctionnel de Paris. La première audience était consacrée à l'appel des 47 prévenus de ce dossier symbolique du financement frauduleux des partis.
Les mis en cause sont poursuivis pour leur participation présumée à un vaste système de corruption portant sur l'attribution des marchés publics de construction et de rénovation des lycées, qui était subordonnée au financement des partis politiques, de droite comme de gauche. Accompagnés de leurs avocats, ils ont pris place dans la salle qui avait accueilli il y a peu un autre procès fleuve, celui des écoutes de l'Elysée. Chaque prévenu s'était vu attribuer, par ordre alphabétique, une place à conserver durant tout le procès prévu pour durer jusqu'en juillet.
L'absence de Guy Drut
Michel Giraud, ancien président RPR du conseil régional, et Michel Roussin, ex-directeur adjoint du cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris, les deux prévenus "stars", sont arrivés, visages fermés, entourés d'une nuée de caméras et d'appareils photo. Michel Giraud a précisé qu'il se consacrait, depuis son retrait de la vie politique, à la "Fondation de la 2ème chance" qu'il a créée et destinée aux "accidentés de la vie". Il a déclaré des revenus de 295.000 euros/an. Quant à l'ancien ministre de la Coopération, Michel Roussin, poursuivi pour complicité de corruption, il a indiqué gagner 20.800 euros par mois. Il s'est retrouvé assis aux côtés de Gilbert Sananes, ancien PDG de Patrimoine Ingéniérie, l'un des hommes clés du dossier. Seul absence à relever : Guy Drut, ancien ministre de la Jeunesse et des sports a préféré se faire représenter par son avocat.
Deux des trésoriers "officieux" des partis politiques, Gérard Peybernès pour le PS et Louise-Yvonne Casetta pour le RPR ont d'emblée cherché à minimiser leurs responsabilités. "Je ne suis pas trésorier (du PS, ndlr), il faut être élu", a déclaré Gérard Peybernès, à l'époque président de l'association nationale de financement du PS. Pour Louise-Yvonne Casetta, Me Jacques Vergès a insisté: "les mandataires du RPR sont les trésoriers qui sont absents, Mme Casetta n'a jamais été mandataire". "On veut lui faire porter un couvre-chef qui est trop grand pour elle", a-t-il ajouté, hors audience.
10 ans de prison
De son côté, Gérard Longuet, a fait remarquer à la presse qu'il était le seul ex-président de parti (Parti républicain, ndlr) à être poursuivi, une "énigme", selon lui. Auparavant avaient défilé à la barre plus d'une vingtaine de chefs d'entreprise du BTP (Dumez, Bouygues Bâtiment, GTM, etc), pour certains retraités, affichant eux-aussi des revenus confortables.
Lors de cette audience, le président de la 16e chambre du tribunal, Jean-Louis Kantor, a précisé l'ordre d'appel des témoins, parmi lesquels se trouvent notamment les trois ex-trésoriers du RPR, Jacques Boyon, Jacques Oudin et Robert Galley ainsi que Claude-Annick Tissot qui avait dénoncé le fonctionnement douteux de la commission des marchés. "C'est un procès où tout le monde se connaît plus ou moins", a fait remarquer le président Kantor, provoquant quelques sourires dans une salle bondée. "Il est donc souhaitable que les personnes qui peuvent être mises en cause par tel ou tel puissent être présentes pour s'expliquer", a-t-il ajouté. Certains prévenus encourent jusqu'à 10 ans de prison. Le procès se poursuivra mardi.
(Image : Michel Roussin lundi à Paris entouré de ses défenseurs/AFP JACK GUEZ-STF)
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