Avocats, journalistes et témoins guettés par les journalistes lors de leur arrivée dans la salle d'audience à Angers où se tient le plus grand procès pour pédophilie jamais organisé en France © DRLe plus grand procès d'assises par le nombre d'accusés jamais organisé en France s'est ouvert jeudi après-midi à Angers, en présence des 66 personnes renvoyées dans une vaste affaire de pédophilie et d'inceste, qualifiée de "monstrueuse" par les parties. "Pour protéger l'anonymat et l'intimité" des victimes, toutes mineures à l'ouverture du procès, la cour d'assises de Maine-et-Loire a prononcé un huis-clos partiel qui permettra à la presse, mais pas au public, de suivre les débats, d'une durée prévisible de quatre mois.
Le président de la cour, Eric Maréchal, a d'abord vérifié l'identité des accusés - 39 hommes et 27 femmes, âgés de 23 à 73 ans -, qui devront répondre d'infractions concernant 45 enfants de 6 mois à 12 ans au moment des faits, prostitués et abusés parfois par leurs parents ou leurs grands-parents. La cour a ensuite procédé au tirage au sort des jurés, neuf titulaires (cinq hommes et quatre femmes) et huit supplémentaires (six femmes et deux hommes), qui pourront bénéficier du soutien d'une cellule psychologique pour affronter les détails d'un dossier particulièrement sordide.
"Outreau, c'était 17 accusés ; Angers, 66"
Les faits se seraient déroulés entre janvier 1999 et février 2002 notamment dans l'appartement d'un couple de trentenaires situé à Saint-Léonard, un quartier périphérique d'Angers. L'instruction a établi que certains des accusés "louaient" leurs enfants à d'autres - parents, proches, voisins -, en échange de colis alimentaires, de cartouches de cigarettes ou de modestes sommes d'argent. Tout en reconnaissant le caractère "monstrueux" des sévices sexuels infligés aux victimes, Me Patrick Descamps, l'un des 51 conseils de la défense, a dénoncé un "procès de masse (..), monstrueux aussi par son gigantisme".
"Outreau, c'était 17 accusés; Angers, c'est 66, c'est plus de quatre fois plus. C'est donc plus de quatre fois plus de risques d'erreurs", a affirmé l'avocat. "Je considère que le dossier est injugeable en l'état", a poursuivi Me Descamps, avant de demander la mise en place d'un "collège national d'experts psychologiques" pour répondre à cette question : "Est-ce que les juges et les jurés d'Angers bénéficieront après quatre mois de leurs pleines capacités de concentration et d'attention ?" La cour s'est brièvement retirée avant de rejeter cette demande, en accord avec la partie civile et l'avocat général Ivan Auriel. A l'unisson de son confrère, Me Pascal Rouiller a critiqué "le choix de l'institution judiciaire" dans cette affaire, qui a été selon lui de "charger la mule" et de fixer à la cour et aux jurés "un but d'emblée hors d'atteinte".
L'audience reprendra vendredi en début d'après-midi avec l'appel des 225 témoins au procès.
Photo d'ouverture : Avocats, accusés et témoins guettés par les journalistes lors de leur arrivée dans la salle d'audience à Angers où se tient le plus grand procès pour pédophilie jamais organisé en France - DR
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