Procès Pieri : un témoin à charge menacé

Par A l'audience, Philippe MATHON, le 16 mars 2005 à 17h12 , mis à jour le 16 mars 2005 à 18h10

Principal témoin à charge dans le procès du leader nationaliste, Marina Paolini a fait l'objet de graves intimidations en marge de l'audience. L'auteur des faits, qui revendique une proximité avec Charles Pieri, a été condamné à 5 mois de prison ferme.

marina Paolini procès Pieri

Jusque là, cette troisième journée d'audience du procès Pieri s'était déroulée dans une ambiance plutôt décontractée. Aux questions précises de l'incisif président Leurent, les prévenus répondaient alternativement par la surprise, l'incompréhension ou la galéjade. Une atmosphère qui rendait presque incongrue les ostensibles mesures de sécurité mises en place à l'entrée de la salle d'audience.

Et puis, peu après midi, c'est le coup de théâtre. Le président informe le tribunal qu'un homme de 32 ans, nommé Fabrice Darmont, a écopé la veille en comparution immédiate de 5 mois de prison ferme pour avoir menacé de mort Marina Paolini, à la fois prévenue et principal témoin à charge au procès. Ancienne secrétaire de l'entreprise Corsica gardiennage service, celle-ci venait de réaffirmer devant le tribunal avoir été contrainte de "détourner régulièrement" des fonds au bénéfice des deux principaux lieutenants de Pieri, Jacques Mosconi et Charles-Philippe Paoli, poursuivis à ses côtés.

"Demain, au procès, tu as intérêt à te taire !"

Aperçu jeudi dernier dans la salle d'audience en tant que simple spectateur, l'individu avait suivi Marina Paolini à l'issue de l'audience jusqu'à une brasserie de la place du Chatelet, située à deux pas du Palais de justice. Après avoir attendu que celle-ci se sépare de son avocate, il l'a menacé : "Tu ne me connais pas, mais moi je te connais. Demain, au procès, tu as intérêt à te taire !" Avant d'ajouter : "Je connais ton adresse à Bastia et ta fille de 6 ans".

Interpellé le lendemain par les policiers, Fabrice Darmont, réformé P4 du service militaire, scolarisé jusqu'en 5e, aurait affirmé avoir "épousé la cause nationaliste corse" il y a quelques années. Etudiant la langue corse, il aurait rencontré Charles Pieri lors d'un séjour à la prison de Fleury-Mérogis en 2001. Lequel l'aurait "pris en sympathie". A tel point qu'il l'aurait encouragé, dès sa sortie de prison, à aller au siège d'Independanza [le parti politique corse issu d'A Cuncolta}, à Bastia, pour demander du travail. En vain. Les deux hommes se seraient revus ensuite sur l'île de Beauté. "Je ne me souviens pas de lui", objecte Pieri. "Vous imaginez bien que si cet homme avait un lien quelconque avec l'affaire qui nous occupe le parquet de Paris aurait évidemment ouvert une enquête", abonde Me Maisonneuve, l'avocat de Pieri.

Intimidations

Darmont porte tous les stigmates d'un garçon à la dérive : condamné à de multiples reprises pour vols, violences ou outrages (il comptabiliserait "trente-quatre procédures policières", selon Me Maisonneuve), il a fait l'objet d'un placement d'office en hopital psychiatrique après avoir frappé sa concubine. En perquisitionnant chez sa mère, les policiers de la brigade criminelle ont découvert une réplique d'un pistolet 9mm sans munitions. Une arme que Darmont avait l'intention de "remilitariser". Une affirmation tempérée par le président Leurent pour qui l'arme ne pouvait accueillir que "des munitions à blancs ou à gaz". 

"On peut certes minimiser les propos d'un homme en proie à des problèmes psychiatriques, observe maître Dancoing, l'avocate de Marina Paolini, mais ma cliente est paniquée. On a retrouvé cette arme et la mère de cet individu a dit aux enquêteurs qu'il pouvait être sujet à des crises et devenir très violent". Peu après avoir "chargé" Charles Pieri et ses amis dans des procès verbaux révélés peu après par Le Monde, Marina Paolini a depuis été l'objet de nombreuses tentatives d'intimidations : coups de feu sous la fenêtre de son domicile, agression sur un marché, menacés proférés à l'encontre de sa mère... "Mais ils n'arriveront pas à me faire taire. Je n'ai pas peur", a-t-elle assuré à tf1.fr mercredi matin.

Opacité

Le reste de l'audience de mercredi a fait appraître la légèreté des prévenus lors de l'examen du fonctionnement de la société Corsica Nettoyage Entretien (CNE), fondée en juillet 2002 par Charles Pieri et trois de ses amis, Jacques Mosconi, Charles-Philippe Paoli et André Negroni. Selon l'accusation, CNE, comme d'autres sociétés, n'était qu'une structure destinée à financer les activités terroristes de ses dirigeants. Le président Leurent tente donc de savoir si ceux-ci ont fourni un travail effectif ou s'il s'agit d'emplois fictifs. Première constatation : un luxe de prudence entoure la création de CNE. Les fonds sont versés en liquide, non pas par ses futurs cadres ou dirigeants mais par leurs épouses ou leurs filles. "On a l'impression que les porteurs de parts de la société le font davantage pour quelqu'un d'autre que pour eux", observe le président.

Autre curiosité : CNE est "hébergée" gracieusement dans les locaux de l'hebdomadaire nationaliste U Ribombu. "Pas de convention, pas de bail, pas de loyer !", s'étonne le président. "C'est manifestement un oubli", répond Charles-Philippe Paoli. Le gérant initial de CNE, Jacques Mosconi, cesse ses responsabilités au bout de quinze jours. La faute au veto de sa banque avec laquelle il est en délicâtesse. Il est remplacé au pied levé par Antonia Marty-Dessus, agent d'entretien de CNE et épouse de Charles Pieri. "Il n'est pas courant qu'une femme de ménage devienne en même temps patronne de l'entreprise", ironise le président.

"J'improvisais quelque peu…"

Quant au fonctionnement de la société, c'est le brouillard complet. On découvre des factures comportant le même numéro mais pour des prestations différentes. Parmi les salariés de CNE, on compte une militante nationaliste connue, payée pour le nettoyage d'un studio "46 heures par mois". "Il devait être propre. J'aimerais bénéficier de telles prestations pour mon appartement", sourit le président.

Un homme - André Negroni - , par ailleurs gérant d'une autre société, Corsica gardiennage services, et président d'U Ribombu, est décrit par plusieurs salariés comme le "patron" de la CNE. Il participe à des réunions, négocie des partenariats avec d'autres entreprises. Pourtant, il s'en défend. "Il s'agit d'interventions ponctuelles", corrige-t-il. Quant aux dirigeants et cadres de CNE, c'est tout le contraire : ils semblent inconnus pour nombres de leurs salariés… La palme revient à Charles-Philippe Paoli qui était le… directeur du personnel. Le plus gros salaire de l'entreprise (3000 euros par mois, primes non incluses) semble ne pas connaître les salariés qu'il dirige ("Si vous me montrez les visages, je pourrais vous dire, monsieur le président", tente-t-il). Tout en affirmant avoir "effectivement travaillé", il assume : "Si vous voulez dire que je n'avais pas de rapport humain avec mes salariés, je vous le confirme, monsieur le président. J'improvisais quelque peu. Mes méthodes de travail étaient très mauvaises".

Le procès se poursuit jeudi. A l'ordre du jour : les relations entre la CNE et le club de football de Bastia.

Photo AFP : Marina Paolini, témoin à charge et prévenue dans le procès Pieri.

Par A l'audience, Philippe MATHON le 16 mars 2005 à 17:12
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience