Le procès du "système Pieri"

le 10 mars 2005 à 07h00 , mis à jour le 10 mars 2005 à 21h50

Racket de sociétés de tourisme, entreprises dirigées en sous-main, financement du terrorisme et train de vie dispendieux : tous ces aspects des "activités" de Charles Pieri vont être disséqués pendant plusieurs semaines devant le tribunal correctionnel de Paris. 21 personnes, dont Jean-Guy Talamoni, comparaissent à ses côtés.

charles pieri © INTERNE

A la veille de l'ouverture du procès, le FLNC-Union des combattants, qui observait une trêve depuis novembre 2003, a annoncé son intention de reprendre "la lutte sur tous les terrains, sans exception". C'est dans ce contexte que le leader nationaliste corse Charles Pieri, que la police considère comme "le vrai chef" du FLNC-UC, comparaît depuis ce jeudi et pour plusieurs semaines aux côtés de 21 autres personnes, dans une affaire sans précédent de malversations financières à des fins à la fois personnelles et terroristes. 

Avec Pieri, le tribunal correctionnel va juger notamment Jean-Guy Talamoni, président d'Unione naziunale à l'assemblée de Corse et figure politique majeure du mouvement nationaliste. Parmi les principaux prévenus figurent aussi d'anciens responsables de sociétés traditionnellement proches des nationalistes, comme ceux du Sporting club de Bastia (SCB), des membres de la famille Pieri, comme sa fille Elodie et sa nouvelle épouse, ainsi que nombre de ses "lieutenants".

Racket, financement du terrorisme et train de vie dispendieux

Ex-dirigeant d'A Cuncolta Indipendentista (devenue Indipendenza) pour la Haute-Corse, figure historique de la clandestinité, Charles Pieri, qui comme quatre de ses co-prévenus comparaîtra détenu, est poursuivi pour plusieurs délits, essentiellement des abus de biens sociaux et des extorsions de fonds en relation avec une entreprise terroriste, entre 1993 et 2003. Jean-Guy Talamoni, qui dans cette affaire dénonce un "montage" visant à le mettre "hors-jeu", est lui poursuivi pour extorsion de fonds au préjudice de Nouvelles Frontières à hauteur de 648.822 euros, versés par le groupe à l'hebdomadaire indépendantiste U Ribombu, auquel il collabore activement.

Selon les enquêteurs, Pieri a financé ses activités, mais aussi nombre de ses dépenses privées, en dirigeant en sous-main plusieurs sociétés, grâce à l'aide d'amis, d'hommes de main et de membres de sa famille. II est également accusé d'avoir organisé le racket de Nouvelles Frontières et du Club Méditerranée, et d'avoir dégagé des fonds à l'occasion de transferts de joueurs au SCB. Plus gênant pour son image, le dossier s'étend aussi sur son train de vie dispendieux. Dans ce cadre, il est accusé d'avoir eu un accès gratuit à un vaste parc de voitures de location, d'avoir détourné de l'argent liquide, de s'être versé des salaires sans contreparties ou encore de s'être servi en électroménager chez Casino sans régler la facture.

Alors que Charles Pieri conteste l'essentiel des faits qui lui sont reprochés, des élus de la coalition Unione naziunale et des membres du CAR, association de soutien aux détenus nationalistes, ont accusé lundi "l'Etat français" de vouloir "criminaliser" le nationalisme dans cette affaire. Une délégation d'Unione naziunale ainsi que des députés européens sont venus à l'ouverture du procès.

Photo d'ouverture : Charles Pieri - archives

le 10 mars 2005 à 07:00
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