
Sommé par les syndicats et la gauche de faire des gestes concrets après la forte mobilisation sociale de jeudi, le gouvernement tente de reprendre l'initiative. François Hollande a, de nouveau, directement interpellé Jean-Pierre Raffarin vendredi en lui demandant de "prendre une décision rapide et claire sur le thème central du pouvoir d'achat". Le premier secrétaire du PS a réaffirmé, à l'unisson de la gauche et des syndicats, que le gouvernement devait "montrer l'exemple" en augmentant les salaires des fonctionnaires et "pousser le patronat" à faire de même dans le secteur privé.
A question claire... réponse nuancée. Le Premier ministre, silencieux au soir des manifestations, n'est sorti que partiellement de son mutisme vendredi pour promettre un "équilibre" entre "écoute et détermination". "Je montrerai dans les jours prochains, concrètement, que je sais mettre en pratique l'une et l'autre", a lancé Jean-Pierre Raffarin... sans lever le voile sur la réponse qu'il entend apporter à la grogne sociale. Et c'est seulement par l'intermédiaire du secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, auquel il a téléphoné vendredi soir, que Jean-Pierre Raffarin a fait savoir qu'il était "favorable à la réouverture de négociations salariales dans la fonction publique à brefs délais".
Selon son entourage, le Premier ministre ne devrait désormais plus s'exprimer publiquement sur la situation sociale avant son intervention dimanche sur Radio J, à la veille d'un déplacement en Israël. Le Premier ministre doit aussi faire des annonces, d'ici la fin mars, sur la participation salariale, avec l'espoir de répondre ainsi aux revendications sur le pouvoir d'achat à un moment où les grands groupes affichent des bénéfices record. Le ministre des PME Christian Jacob doit précisément présenter "fin mars, début avril" un projet de loi qui doit renforcer la participation des salariés aux fruits de la croissance, dans la grande tradition du gaullisme social.
Fonctionnaires : "la porte du dialogue largement ouverte"
Rien en revanche sur un "Grenelle" des salaires dans le privé, réclamé à maintes reprises par la gauche. Jean-François Copé avait clairement fermé la porte à cette option dès jeudi soir. "Personne ne peut raisonnablement penser qu'en étant tous autour de la table pour parler d'une augmentation de salaires (..) on règlera les problèmes et qu'on lèvera les inquiétudes", a-t-il lancé en ironisant sur le fait qu'on n'est plus "en mai 68". Même tonalité au Medef, dont l'un des membres du comité exécutif Yvon Jacob a assuré vendredi dans Libération qu'un "Grenelle des salaires n'aurait aucun sens" et qu'il "n'y a pas eu de recul du pouvoir d'achat en France". La Confédération générale des PME (CGPME) a déjà jugé pour sa part qu'il n'y avait "quasiment pas de marge de manoeuvre pour augmenter les salaires" dans les PME.
Concernant plus spécifiquement les fonctionnaires, après l'annonce de Jean-Pierre Raffarin à Jean-Claude Mailly, reste à chiffrer l'effort que Matignon est prêt à faire. Jean-François Copé, s'il est en partie revenu vendredi sur sa fermeté affichée la veille, affirmant que "la porte du dialogue avait toujours été largement ouverte", a tout de même précisé que les marges de manoeuvre budgétaires sont "limitées". Le Monde croit savoir que le ministre de la Fonction publique, Renaud Dutreil, devrait annoncer une revalorisation de 1% cette année, à ajouter aux revalorisations de 0,5% chacune déjà prévues au 1er février et au 1er novembre. Ces hausses cumulées donneraient aux salaires des fonctionnaires une revalorisation peu ou prou égale au taux d'inflation prévu pour 2005, à savoir 1,8%. Un "geste minimum" aux yeux des syndicats pour permettre l'ouverture de "négociations sérieuses".
Photo d'ouverture : Jean-Pierre Raffarin, sortant de sa réserve vendredi sur la question des salaires - DR
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