Tchernobyl : la thèse du "mensonge d'Etat" se précise

Par A.Ga., le 28 mars 2005 à 21h01 , mis à jour le 28 mars 2005 à 21h12

Presque 20 ans après la catastrophe de Tchernobyl, une nouvelle expertise accrédite la thèse d'une dissimulation, par les autorités, d'informations sur le passage du nuage issu de l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine, en 1986.

tchernobyl carte contamination france celsium 137 1986 IRSN © INTERNE

Le nuage de Tchernobyl ne s'est pas arrêté aux frontières de l'hexagone, les autorités françaises ont menti. C'est ce qu'affirme un nouveau rapport d'experts remis récemment à Marie-Odile Bertella-Geffroy, la juge chargée de l'enquête sur le passage en France entre le 30 avril et le 5 mai 1986, du nuage issu de l'explosion de la centrale nucléaire, en Ukraine.

L'expertise accrédite la thèse d'une dissimulation, par les autorités, du véritable danger de cette masse. A l'époque, les autorités expliquaient, cartes à l'appui, que le nuage radioactif s'était arrêté aux frontières françaises grâce à un anticyclone. Et donc, qu'il n'y avait pas de risque pour la santé des Français.

Une radioactivité plus élevée

Selon les experts, le physicien nucléaire Paul Genty et Gilbert Mouthon, les autorités auraient notamment minimisé l'ampleur des mesures effectuées. Sur la base de documents saisis lors de perquisitions dans des ministères et organismes impliqués dans la prévention du risque nucléaire, ils ont constaté que les mesures de radioactivité effectuées à l'époque par les autorités françaises, EDF, la Cogema ou la gendarmerie étaient beaucoup plus élevées que celles diffusées à la presse et à l'opinion publique.

Cette nouvelle expertise est la première confirmation officielle d'une thèse défendue dès l'époque des faits par les écologistes et des scientifiques indépendants. Ils avaient souligné le décalage entre les déclaration rassurantes des autorités et les mesures d'urgences prises dans les autres pays. En Allemagne, par exemple, la consommation de produits frais avait été interdite au moment du passage du nuage.

Cancers de la thyroïde

La juge d'instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy avait été saisie en juillet 2002 d'une information judiciaire contre X pour "atteintes involontaires à l'intégrité physique par manquement délibéré à une obligation de sécurité ou de prudence". Cette procédure faisait suite à des plaintes de plusieurs centaines de personnes souffrant de cancers ou d'affections de la thyroïde qu'elles imputent au passage du nuage.

L'avocat Emmanuel Ludot a demandé dimanche sur RTL la mise en place urgente d'un fonds d'indemnisation pour les victimes françaises de la catastrophe de Tchernobyl, estimant que la responsabilité politique était établie dans cette affaire.

(La carte de la contamination. 1986. IRSN.DR)

Par A.Ga. le 28 mars 2005 à 21:01
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