© DRParvis de la cathédrale Notre-Dame, à Paris, la veille des obsèques de Jean Paul II. Dispersés sur la place balayée par le vent, des groupes de touristes côtoient des vendeurs à la sauvette et leurs mini-Tours Eiffel en plastique. Des Parisiens traversent les lieux à grandes enjambées sans lever le nez. Ca et là, quelques pigeons roucoulent et picorent. Un peu plus loin, les policiers veillent sur cette quasi pieuse agitation. En retrait, assis sur un muret, cigarette à la bouche et canette à la main, Christian observe le va-et-vient. Sans domicile fixe âgé de 40 ans, il vient tous les jours à la cathédrale dont il apprécie l'atmosphère, la sérénité. Un moyen aussi pour lui de se "re-sociabiliser" après un long séjour en prison pour braquage. "Y a pas mal de monde, constate-t-il d'un hochement de tête, mais c'est souvent qu'il y a foule. Que le pape meurt ou non."
Délivrance
A l'extérieur de l'édifice gothique, hormis une petite pancarte informant la retransmission des funérailles vendredi en direct sur le parvis, rien n'indique le décès du souverain pontife. Dans la nef, une photo de Jean Paul II et un tapis de bougies. Christian a appris la mort du Saint-Père, samedi, à la télé chez ses parents. Dimanche, il est venu à Notre-Dame "comme d'habitude". "Les gens n'avaient pas l'air spécialement triste, plus affligés qu'autre chose", dit-il. "Moi j'ai ressenti de la désolation, se rappelle-t-il, de la désolation pour les gens qui étaient dans la peine à cause de cette disparition." Silence. Christian scrute la place. Et de reprendre : "Mais d'une certaine façon, j'étais content pour lui de cette délivrance. Quand la mort vient vous chercher, il faut s'incliner."
Ancien toxicomane, Christian a vu plusieurs de ses amis partir, emportés par la maladie. Une expérience qui lui a fait relativiser sa ferveur religieuse. "Je suis baptisé, j'ai fait ma première communion, je suis croyant, explique-t-il. Mais j'ai une façon de croire en Dieu qui m'est personnelle." Lors de ses séjours en prison, un prêtre lui a demandé de venir jouer de la guitare lors de l'office dominical. "J'y suis allé parce que ça me permettait de sortir quelques heures de ma cellule", se souvient-il dans un sourire et le regard ailleurs.
Parfois, il entre dans la cathédrale. "Au moins, ici, je peux y pénétrer sans problème. On me demande juste d'ôter ma casquette et de jeter ma bière pour ne pas faire peur au touriste, dit-il mi-amusé, mi-ironique. C'est un lieu que j'aime bien parce qu'il représente la religion, la sueur des hommes, je pense à tous ces hommes qui sont morts en travaillant sur cette construction. C'est magnifique." Le lendemain de la mort de Jean Paul II, il est venu brûler un cierge. "Pas spécialement pour le pape mais pour des proches disparus."
Un pape noir
Le pape, Christian l'avait vu lors des Journées mondiales de la jeunesse à Paris en 1998. "Je me souviens, j'étais rue Saint-Jacques, il est arrivé dans sa papamobile, c'était l'euphorie générale, comme lors d'un concert des Rolling Stones. Les gens étaient heureux. Le parvis était noir de monde. Ce moment m'a beaucoup plu. Parce j'ai rencontré des personnes vraiment intéressantes."
Deux religieuses traversent le parvis. Un voleur à la tire est interpellé. Subitement, Christian lance : "Croire en dieu pour moi, c'est croire en soi-même, en les hommes. C'est davantage croire en son prochain que croire à quelqu'un sur sa croix qui serait éternel." Du pontificat de Jean Paul II, il retiendra sa tolérance. "Le fait qu'il ait pardonné à son agresseur, celui aussi qu'il ait pas mal voyagé dans le monde et véhiculé de belles images…", égrène-t-il. Mais de critiquer les positions papales sur le port du préservatif, l'avortement… Et tout l'argent fait autour de la religion en désignant la file d'attente où patientent les touristes qui souhaitent visiter les tours de la cathédrale. "C'est cinq euros", regrette-t-il. Des souhaits particuliers quant au profil du futur pape ? Christian tout de go : "Qu'il soit noir. J'ai lu dans Le Parisien que l'un des cardinaux était africain. Ca serait bien pour faire reculer toutes les idées reçues sur le racisme."
Vendredi, Christian sera sûrement là pour "assister" aux obsèques de Jean Paul II. Il contemple à nouveau la cathédrale. Autour de lui, les flashs crépitent, les touristes "cheesent". Christian : "L'homme a eu beaucoup d'imagination à propos de Dieu pour construire un tel monument. Il a sûrement été animé par quelque chose de spécial mais moi je ne l'ai pas ce quelque chose. J'ai beau chercher"...
(Photo A.Ga. TF1.fr)
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