© LCILe détenu soupçonné d'en avoir étranglé un autre, samedi à la prison de Fresnes était seul en promenade avec sa victime, qui venait comme lui de sortir de soins psychiatriques, un drame révélateur des difficultés à prendre en charge ce type de détenus, de plus en plus nombreux. "Je ne vois rien d'anormal au fait qu'on les ait laissés tous les deux sur une seule promenade. Il n'y avait pas d'antécédent d'accrochages entre eux", a indiqué dimanche Jean-Charles Toulouze, directeur régional des services pénitentiaires, qui s'est simplement demandé "pourquoi le drame n'a pas été signalé à temps". Selon lui, les deux hommes avaient été placés dans des cellules individuelles après leur sortie récente du service médico-psychiatrique régional (SMPR) de Fresnes.
Une enquête a été ouverte par l'inspection des services pénitentiaires. Un gardien syndicaliste de Fresnes a indiqué que l'incident avait été signalé par un détenu "qui a vu la scène de sa fenêtre" et il a mis en cause le manque d'effectifs lors de la surveillance des promenades. "De ma passerelle, je dois surveiller plus d'une dizaine de cours, où se promènent en moyenne 23 détenus dans chacune d'elles. Il faudrait au moins être deux", a-t-il déclaré sous couvert de l'anonymat.
La victime, âgée de 46 ans, a été retrouvée samedi gisant sur le sol, devant la porte d'accès à la cour de promenade, par un surveillant. Ce détenu, un Marseillais en attente de jugement, avait été condamné à plusieurs reprises pour des infractions à la législation sur les stupéfiants. En détention provisoire, l'auteur présumé de l'agression, âgé de 27 ans, a déjà été condamné pour des menaces, des violences et agressions diverses, selon la police. Placé en garde à vue samedi, l'agresseur, "très calme", n'a pas expliqué son geste et n'a pu être entendu en raison de son état psychiatrique, a indiqué la police judiciaire du Val-de-Marne qui devra déterminer les circonstances de son acte.
"Un problème de plus en plus criant"
"La présence de détenus fragiles psychologiquement est un problème de plus en plus criant", juge Stéphane Barraut, responsable pour la région parisienne du syndicat de surveillants Ufap (majoritaire). "Les surveillants ne connaissent pas forcément le parcours de ces détenus", a-t-il affirmé, ajoutant que cette affaire était révélatrice d'un "manque de structures adaptées". Pour François Besse, de l'Observatoire international des prisons (OIP), une association qui défend les droits des détenus, "il faut arrêter de penser que la prison peut prendre en charge ce type de personne et qu'elle peut assurer leur suivi psychiatrique sur le long terme". L'été dernier, la question de la prise en charge des détenus malades mentaux s'était posée avec acuité quand un prisonnier de Saint-Maur (Indre) avait entrepris de manger la cervelle d'un co-détenu après lui avoir fracassé le crâne.
Une étude publiée en décembre sur la santé mentale des détenus, réalisée par la Direction générale de la santé et de l'administration pénitentiaire, a montré que la majorité des détenus souffraient de problèmes psychiques. Selon cette étude effectuée en 2003-2004 auprès d'un millier de détenus, huit hommes sur dix et sept femmes sur dix présentent au moins un trouble psychiatrique, et la grande majorité en cumule plusieurs. Un quart des détenus de métropole, hommes ou femmes, présenteraient un trouble psychotique. Une précédente étude de 2001 sur les entrants en prison avait évalué à 55 % la proportion de personnes souffrant d'au moins un trouble psychiatrique.
Photo d'ouverture : archives
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