Les "désillusions" de Jacques Delors

le 09 avril 2005 à 19h51 , mis à jour le 09 avril 2005 à 21h11

L'ancien président de la commission européenne a estimé samedi que le traité constitutionnel "sécurise mais ne dynamise pas" l'Europe au plan économique. Il a toutefois jugé que le texte donnerait "un coup de pouce à la construction européenne".

delors_europe © DR

Soutien avec réserves. Samedi, lors d'une réunion du Mouvement européen, présidé par l'ex-ministre des Affaires européennes Pierre Moscovici et qui réunit des personnalités de droite comme de gauche, Jacques Delors, ex-président de la commission européenne, a fait part de ses "désillusions" à la lecture du traité constitutionnel, tout en refusant d'"en faire un argument pour le non".

D'abord, a-t-il dit, "l'équilibre n'est pas assuré entre le monétaire et l'économique" car les membres de la Convention qui a préparé le traité "n'étaient pas d'accord entre eux". "Autrement dit, l'Europe nous sécurise, mais ne nous dynamise pas", a jugé l'ancien ministre socialiste des Finances. "J'aurais préféré que l'on donne aux institutions européennes le pouvoir de stimuler une coopération entre les politiques économiques, juste répondant du pouvoir monétaire que je veux garder indépendant parce que ceci répond à des enseignements de l'Histoire", a-t-il poursuivi. Réitérant son choix du oui, il a toutefois lancé : "N'écoutez pas les joueurs de flûte qui vous disent que dans vingt ans, ça pourrait être autrement, qu'en disant non, un non révolutionnaire, on va arranger les choses !".

Le traité marque "un pas en avant"

Jacques Delors a par ailleurs regretté que la partie III du texte constitutionnel, qui porte sur les politiques communes de l'Union, ait été intégrée au traité, car "c'est un règlement de copropriété", dont il a jugé qu'il n'était "pas plus libéral que socialiste, pas plus à droite qu'à gauche". En tout cas, a-t-il affirmé à propos de cette troisième partie, il aurait fallu pouvoir "la modifier à une majorité surqualifiée, disons les 5/6èmes", car en raison de "l'unanimité" qui est requise, "un ou deux pays peuvent bloquer le système, notamment quand on parlera des perspectives financières".

Sur ces deux points, il faudra "continuer le combat, mais nous le continuerons mieux avec le nouveau traité que sur les bases actuelles", a ajouté l'ex-président de la commission de Bruxelles. "Je ne vous dirai pas: l'Europe est noire et sera toute blanche demain", mais dans l'ensemble, le traité marque "un pas en avant" et il ne faut "pas laisser passer cette occasion de donner un coup de pouce à la construction européenne". L'ancien ministre de l'Economie de François Mitterrand a estimé enfin que le traité avait surtout le mérite d'offrir "une meilleure organisation des pouvoirs, plus claire, plus efficace, plus démocratique".

Photo d'ouverture : Jacques Delors samedi à la réunion du Mouvement européen - DR

le 09 avril 2005 à 19:51
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