Deux entrepreneurs accusent Roussin

le 12 avril 2005 à 21h03 , mis à jour le 12 avril 2005 à 22h44

Pour la première fois mardi, Michel Roussin a été directement accusé par deux chefs d'entreprise au procès des marchés publics d'Ile-de-France. Tous deux ont notamment relaté des entrevues avec l'ex-bras droit de Jacques Chirac à la mairie de Paris.

roussin © INTERNE

Deux chefs d'entreprise ont pour la première fois mardi mis gravement en cause l'ex-bras droit de Jacques Chirac à la mairie de Paris, Michel Roussin, dans l'affaire de corruption politico-financière des marchés de lycées franciliens, au procès des marchés publics. L'enquête a établi que les entreprises qui obtenaient des marchés de la région devaient s'acquitter d'un versement illicite de 2 % du prix des marchés aux partis politiques. L'ex-ministre de la Coopération, qui s'est défendu des accusations portées contre lui, est soupçonné d'avoir joué un rôle central dans le système de corruption mis en place au début des années 90.

Premier à s'exprimer, Philippe Fleury, ancien pdg de l'entreprise de bâtiment Chagnaud, a déclaré avoir rencontré Michel Roussin, alors directeur de cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris, qui lui a "demandé de faire un effort pour le RPR et de recruter Patrick Segal", conseiller municipal de Paris. Pour l'instruction, il s'agissait d'un emploi fictif. Philippe Fleury, dont l'entreprise avait obtenu le marché du lycée de Rosny-sous-Bois en juin 1989, a alors demandé à Michel Roussin, qui l'a accepté, d'imputer les salaires de cette embauche sur les 2 %. "Il a effectivement joué sur les termes de l'échange et donc il était effectivement au courant des 2 %", a déclaré Philippe Fleury, l'un des 47 prévenus de ce procès-fleuve. "Chaque fois que j'avais un problème, j'essayais d'obtenir de sa part qu'il réduise le montant des dons que je devais faire", a-t-il ajouté.

"On avait les bras et les pieds liés"

Philippe Fleury a en outre été le premier chef d'entreprise à confirmer le système des 2 % imposé par la région. Il fallait s'engager à les verser "pour être inscrit dans la liste appelée à concourir dans les projets" de lycées, a-t-il affirmé, ajoutant qu'il s'agissait d'un "critère de sélection" au même titre que le chiffre d'affaires. "On avait les bras et les pieds liés par le système. On ne pouvait pas faire autrement (...) Il s'agissait d'un engagement verbal" qui signifiait qu'en cas d'obtention du marché, "on financerait les partis politiques", a-t-il expliqué. Il a précisé que Chagnaud avait financé le seul RPR : "les 2 % étaient pour le RPR".

Son successeur à la tête de l'entreprise, Jean-Pierre Génin, également prévenu, lui a succédé pour une déposition tout aussi accablante pour Michel Roussin. Il a raconté une entrevue avec ce dernier dans son bureau de l'hôtel de ville en 1991 en présence de Louise-Yvonne Casetta, ex-trésorière occulte du RPR, à laquelle il avait refusé de verser 500.000 F après qu'elle l'eut informé de l'obtention du marché du lycée de Limours. Michel Roussin m'a dit qu'"il fallait que je règle les 500.000 F. Il m'a dit que ça pouvait éventuellement être payé autrement que par chèques, par exemple en espèces. Il a baissé la demande (à 300.000 F puis 200.000 F) et j'ai dit non", a raconté le prévenu, membre du RPR puis de l'UMP.

Interrogé en fin d'audience, Michel Roussin, qui risque 10 ans de prison pour complicité de recel de corruption, a rejeté toutes les accusations, à l'exception de la demande d'embauche de Patrick Segal mais en récusant le terme d'"emploi fictif". "Je ne suis pas concerné par le marché de Limours. Je n'ai eu aucun rôle", a-t-il déclaré, qualifiant la rencontre relatée par  Génin de "surréaliste". Il a également nié avoir eu connaissance du système des 2 %.

Photo d'ouverture : Michel Roussin - archives

le 12 avril 2005 à 21:03
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