
Comment la fille aînée de l'Eglise doit-elle honorer la mémoire de Jean Paul II ? Fallait-il ou non mettre en berne les drapeaux sur les édifices publiques en hommage au défunt pape ? Depuis dimanche, des voix s'élèvent à gauche contre certaines consignes gouvernementales. Et l'initiative annoncée mardi matin par la ville de Marseille ne devrait pas manquer de susciter de nouvelles réactions. En effet, Jean-Claude Gaudin a offert une demi-journée de congé, vendredi, à ceux parmi les 16.000 employés de la municipalité qui souhaitent se recueillir à l'occasion des obsèques de Jean Paul II. Un écran géant sera installé à l'intérieur de la cathédrale de La Major pour permettre aux Marseillais de suivre en direct ces funérailles.
A Lyon, le député UMP Emmanuel Hamelin (UMP) avait regretté lundi que le maire socialiste Gérard Collomb (PS) "n'ait pas souhaité" mettre le drapeau en berne sur la façade de l'Hôtel de Ville. Mais la mairie de Lyon a démenti ces propos et nous a fait savoir que les drapeaux avaient bien été mis en berne.
De son côté, la Fédération des parents d'élèves des écoles publiques (FCPE) a protesté, mardi dans un communiqué, contre la décision gouvernementale de faire mettre les drapeaux en berne au fronton des établissements scolaires.
"Usage républicain constant"
Interrogé mardi matin sur RMC, Dominique de Villepin a estimé que les critiques adressées au gouvernement ne formaient "pas une polémique". "Ce sont juste quelques voix qui s'élèvent et posent des questions et qui disent : est-ce que c'est bien nécessaire ? ", a relativisé le ministre de l'Intérieur. Pour lui, la mise en berne des drapeaux se rapporte à "un usage républicain constant. Cela s'est fait pour tous les papes, sous toutes les Républiques, la cinquième comme la quatrième et la troisième", a-t-il rappelé.
Les critiques sont parties dimanche de l'adjoint au maire de Paris Christophe Girard, qui s'était dit "troublé" par "l'utilisation du symbole national" au risque "d'aiguiser les appétits des communautaristes". Invoquant une "polémique déplacée", l'UMP-Paris a condamné lundi les propos des élus de la capitale, demandant à Bertrand Delanoë de "désavouer ses adjoints". Chose qu'a fait - à demi-mots - Bertrand Delanoë mardi, en se disant "surpris que l'on trouble une période de recueillement" autour du "personnage considérable" que fut Jean Paul II. En voyage en Australie où il promeut la candidature de Paris pour les JO de 2012, le maire PS de la capitale a appelé à "la sérénité" et au "rassemblement" et s'est dit "très favorable" à ce qu'un site de Paris porte le nom de Jean Paul II.
Le premier secrétaire du PS François Hollande, s'est lui montré plus mesuré, estimant sur RTL qu'il fallait rester "toujours très attentif aux règles, aux traditions républicaines, à la laïcité". Il a jugé qu'il y avait certes eu "un peu d'excès" dans la réaction des autorités françaises à la mort de Jean Paul II. "Mais l'heure n'est plus à ce type de débats", a-t-il ajouté. Quant à Nicolas Sarkozy, il a jugé la polémique "ridicule". "Pourquoi faut-il que de dans grands moments d'émotion universelle il y ait quelques personnes qui essaient apporter leur touche par le bas ? La laïcité à la française n'est pas la prohibition", a-t-il dit . "La République ne doit pas craindre d'aller dans un lieu de culte", a-t-il insisté.
Un maire fait de la résistance Déjà connu pour avoir repoussé, en 2001, l'offre du géant californien du vin Mondavi, qui souhaitait s'implanter dans le vignoble de la commune, le maire communiste d'Aniane, un village héraultais de 2.600 habitants, a refusé lundi de mettre les drapeaux en berne. "Notre République est laïque et elle doit le rester. L'Eglise, c'est l'Eglise et l'Etat, c'est l'Etat", a déclaré Manuel Diaz, pour qui "il n'y a pas que des chrétiens en France".
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