
Le plus ancien prisonnier de France, Lucien Léger, détenu depuis bientôt 41 ans pour le meurtre d'un enfant, a tenté mardi devant la Cour européenne des droits de l'homme d'obtenir sa libération, arguant qu'une détention aussi longue constituait un traitement "inhumain". Emprisonné en 1964, condamné en 1966 à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre du petit Luc Taron, 11 ans, Lucien Léger - qui à l'époque s'était lui-même surnommé "l'étrangleur" - s'est tourné vers les juges européens des droits de l'homme après l'échec d'au moins 13 demandes de remise en liberté et de trois demandes de grâce présidentielle.
Dénonçant "l'acharnement inhumain" et "l'obstination" du gouvernement français et des juges dans leurs refus successifs, son avocat, Me Jean-Jacques de Félice, a assimilé cette détention à une "peine de mort lente", un châtiment "dégradant et inhumain", ce qu'interdit la Convention européenne des droits de l'Homme. "Coupable ou non, l'homme qui est entré en prison il y a plus de 40 ans n'est plus le même aujourd'hui. L'homme peut changer, il a le droit à une espérance, (à l'espoir) d'un avenir qu'il puisse construire", a poursuivi l'avocat. Il estime que son client, aujourd'hui âgé de 67 ans et toujours détenu à la prison de Bapaume (Pas-de-Calais), ne présente "aucune dangerosité".
"Narcissique, mythomane et manipulateur"
Les prisons françaises accueillent actuellement 531 condamnés à perpétuité, dont 12 sont détenus depuis plus de 30 ans. Parmi eux, Lucien Léger, dont l'affaire avait provoqué une très vive émotion dans la France des années 1960, affiche la plus longue "ancienneté" derrière les barreaux. "De nombreux condamnés à la perpétuité, souvent pour des faits très graves, ont été libérés au bout de 17, 18 ou 20 ans. Pourquoi pas lui ?", s'est interrogé Me de Félice.
Un argument rejeté par le représentant du gouvernement français, Jean-Luc Florent, directeur-adjoint du service juridique au Quai d'Orsay. De récentes expertises psychiatriques ont souligné le caractère "narcissique, mythomane et manipulateur" de Lucien Léger, a-t-il avancé. Or, "la condamnation initiale avait pour but la répression, mais aussi la protection de la société". De plus, l'octroi d'une éventuelle libération conditionnelle, que le condamné est libre de réclamer depuis 1979, "n'a rien d'automatique", selon lui. "La jurisprudence européenne ne dit pas que la perpétuité est contraire aux droits de l'homme," a-t-il encore avancé.
La cour, où siègent sept juges de nationalités différentes - dont un Français - ne devrait pas rendre sa décision avant plusieurs mois. Parallèlement à cette procédure européenne, Lucien Léger a déposé une nouvelle demande de remise en liberté devant la justice française. Le tribunal de l'application des peines d'Arras doit examiner sa demande le 30 mai prochain.
Photo d'ouverture : Lucien Léger - archives
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