© INTERNELes trois magistrats du parquet de Paris ont requis, vendredi, dix ans de prison ferme et cinq ans de privation de droits civiques contre le nationaliste corse Charles Pieri, jugé à Paris depuis le 10 mars avec 21 autres personnes pour des malversations financières.
Mais la véritable surprise vient des trois années, dont une avec sursis, réclamées à l'encontre de l'élu indépendantiste, Jean-Guy Talamoni. La réquisition est assortie de cinq ans de privation des droits civils, civiques et de famille, ce qui entraînerait son inéligibilité. Président d'Unione naziunale à l'assemblée de Corse, Talamoni est poursuivi pour extorsion de fonds en relation avec une entreprise terroriste au préjudice de Nouvelles Frontières, qui avait été contraint de verser 648.822 euros entre 1993 et 2003 à l'hebdomadaire indépendantiste U Ribombu.
"Système assis sur le non-droit, sur le passe-droit, sur la violence"
La procureur Daubigney a rappelé les déclarations à l'instruction de Jean-Christian Pinot, ancien directeur général de Nouvelles Frontières. "Tout dans l'attitude de Jean-Guy Talamoni nous incitait à payer", avait-il déclaré au magistrat à deux reprises. "M. Pinot ne vient pas dire autre chose à l'audience quand il vient dire : 'tout dans son attitude montrait qu'on se comprenait', avait poursuivi Mme Daubigney. Au cours des débats, pourtant, il semblait que l'accusation disposait de peu d'éléments contre l'élu.
Au sujet de Charles Pieri, Catherine Pignon, vice-procureur et chef du parquet financier de Paris, a dénoncé dans cette affaire un "système assis sur le non-droit, sur le passe-droit, sur la violence". Evoquant les nombreux revirements des prévenus qui avaient durant l'enquête chargé Charles Pieri - et qui à l'audience ont invoqué les "pressions" des juges et policiers -, elle a déploré que ces derniers soient "cadenassés dans un tissu relationnel" sur lequel pèse "le poids du silence". Elle a également dénoncé des "pratiques qui mettent à mal l'authenticité des revendications sur la nécessité du développement économique de l'île". "Que signifie la corsisation+ des emplois au regard des nombreux emplois fictifs qui émaillent le dossier ?", s'est-elle interrogée.
Témoignages
Le substitut Plantevin a tenté de démontrer que Charles Pieri est bien le chef de la principale organisation clandestine corse, le FLNC-Union des combattants (FLNC-UC). "L'arme ne fait pas le malfaiteur et il ne suffit pas de détenir des armes pour être un terroriste", a-t-il d'abord lancé afin d'évacuer l'un des reproches faits à l'accusation, à savoir que les policiers n'ont retrouvé dans ce dossier aucune arme de guerre ou matériel ayant servi à ses attentats. Pour asseoir son argumentation, il s'est notamment reposé sur les nombreux témoignages décrivant Charles Pieri comme un membre notoire du FLNC-UC. Il s'est surtout attaché à démontrer les liens entre les entreprises sur lesquelles lui et ses lieutenants faisaient régner leur influence - le Sporting Club de Bastia, le journal U Ribombu, l'entreprise Corse gardiennage service (CGS) - et l'organisation clandestine.
Le procès doit se terminer la semaine prochaine par les plaidoiries de la défense. Le jugement sera mis en délibéré.
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