"Cet accident peut se produire tous les jours"

le 12 mai 2005 à 21h18 , mis à jour le 12 mai 2005 à 22h37

Les leçons de l'accident qui a coûté la vie à Régine Cavagnoud n'ont pas été tirées, et les conditions de sécurité des entraînements de ski n'ont pas été améliorées. C'est ce qui est apparu jeudi au premier jour du procès d'Annecy.

La skieuse Régine Cavagnoud © INTERNE

La première journée du procès de l'entraîneur et du starter en charge de l'entraînement au cours duquel la skieuse française Régine Cavagnoud est décédée, en 2001 en Autriche, a mis en évidence les carences persistantes de sécurité. Cité comme témoin devant le tribunal correctionnel d'Annecy installé dans une salle provisoire à Sévrier, un entraîneur français passé chez l'équipe féminine suisse, Jean-Philippe Vuillet, a affirmé à la barre : "Cet accident peut se produire tous les jours, car juste après l'accident, on avait essayé de changer les choses mais on s'est heurté à un mur, peut-être que ça coûterait trop cher. Dans l'idéal, il faudrait retrouver les conditions d'organisation des compétitions de la Coupe du monde, mettre des kilomètres de filets et s'assurer qu'il n'y a personne sur la piste, ça prendrait du temps et de l'argent".

Le 29 octobre 2001, lors d'une séance d'entraînement conjointe avec l'équipe allemande sur le glacier autrichien de Pitzal, Régine Cavagnoud avait demandé à effectuer une descente supplémentaire, non prévue par le programme qui prévoyait une séance de lissage de la neige. Ayant obtenu le feu vert de son entraîneur et du starter, la skieuse, lancée à 80 km/h, avait percuté de plein fouet l'entraîneur allemand Markus Anwander, qui n'avait pas été prévenu du départ de la championne.

"Défaillance de communication"

Régine Cavagnoud était décédée deux jours plus tard et l'entraîneur avait été grièvement blessé. Il est partie civile dans ce procès, comme les parents de la championne française. Le directeur de l'équipe de France de ski, Lionel Finance, mis en examen à sa demande pour avoir accès au dossier, a été mis hors de cause, de même que le starter de l'équipe allemande, Tjesimir Peranic, qui a bénéficié d'un non-lieu. L'entraîneur Xavier Fournier et le starter David Fine restent les seuls poursuivis dans ce dossier pour "homicide et blessures involontaires".

Un expert autrichien, Kurt Hoch, qui a travaillé sur cet accident pour la justice autrichienne, a estimé qu'il "y avait eu défaillance de communication entre les deux équipes et au sein des deux équipes", et notamment que Peranic "n'avait pas été informé par son collègue Fine que Régine Cavagnoud préparait un départ". Du côté allemand, les cadres de l'équipe ont indiqué que le programme de la journée étant achevé, la séance d'entraînement était finie. Cela permettait à Anwander de traverser la piste pour satisfaire un besoin pressant alors que du côté français on estime qu'un entraînement ne s'arrête que lorsque cela est officiellement annoncé et que traverser, sous une bosse comme l'a fait Anwander, est une faute de débutant.

Les deux équipes ne parlent pas la même langue et n'ont pas les mêmes fréquences radio. L'information de l'équipe allemande aurait dû transiter du starter français au starter allemand, qui travaillent côte à côte et communiquent par signes. S'adressant à David Fine, la présidente du tribunal a déclaré: "On vous reproche de ne pas avoir informé les Allemands du changement de programme". "La continuité fait qu'on avait pas à prévenir les gens et M. Peranic était là, et il a vu ce qui se préparait", a répondu David Fine.

le 12 mai 2005 à 21:18
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