
Franck et Patricia ont certes un niveau intellectuellement limité mais ils étaient conscients de leurs actes. La cour d'assises de Maine-et-Loire a entamé mardi les auditions d'experts psychiatres et psychologues qui ont commencé par évoquer les cas de deux des principaux accusés du procès de pédophilie d'Angers.
Franck et Patricia ne présentaient de troubles psychiques ou neuropsychiques ayant pu altérer son discernement au moment des faits reprochés, en l'occurrence des viols et agressions sexuelles commis entre 1999 et 2002, parfois en réunion, sur plusieurs des 45 victimes de ce procès, ont noté les experts.
"Je suis tombé là-dedans"
"Ils ont une conscience de ce qu'ils font mais n'en saisissent pas les enjeux. En clair, ils savent qu'ils font une chose 'pas bien' mais ne savent pas à quel point", a analysé le Dr Roland Coutanceau, expert psychiatre. Ainsi, Franck n'est "pas un malade mental", même s'il présente des troubles de la personnalité, avec un "aspect disharmonique du caractère". "Il est plus susceptible, plus méfiant, plus têtu, plus réactif que la moyenne", a-t-il précisé. Lors de son examen psychiatrique, Franck a reconnu des attouchements sur ses enfants, et a mis en cause un autre accusé, Eric, pédophile notoire, l'accusant d'avoir eu l'idée de prostituer des enfants "pour se faire du pognon". "Je suis tombé là-dedans, il m'a tenté", a-t-il dit à l'expert.
D'une manière générale, les experts ont été frappés par "le niveau intellectuel modeste, à la limite ou carrément dans la débilité légère" d'un grand nombre d'accusés. "Ils nous ont semblé comme à côté de la culture humaine", a précisé l'expert.
"Personnalité frustre"
Franck n'a pas d'attirance spécifique pour les enfants. "Il fait partie de ces gens qui peuvent agresser des enfants en étant un hétérosexuel banal. Il s'agit plus d'une curiosité pédophilique, lié au contexte, à l'environnement, à son histoire, et ce dérapage se traduit plus par un problème d'éducation que par une sexualité orientée", a expliqué l'expert.
Et la dynamique du passage à l'acte est encore plus complexe lorsque les faits se déroulent en réunion, a-t-il ajouté. "Des personnes organisent les choses, d'autres sont des hommes de main, d'autres suivent facilement et d'autres sont incités par les autres", a-t-il analysé de manière générale. Concernant Franck, "il n'a pas l'intelligence ni le savoir-faire manipulatoire de tisser la toile (d'un réseau pédophile, NDLR) tout seul", a estimé le médecin.
Plusieurs accusés, et notamment des femmes, ont déclaré à la barre avoir été contraintes, sous la menace, d'agresser des enfants. C'est notamment le cas de Patricia, décrite comme étant d'une intelligence "modeste, de type limite frisant la débilité légère", avec une "personnalité fruste, d'un contact facile, mais têtue et avec des carences au niveau maternel".
"Vous nous présentez un profil psychologique banal. Comment voir de l'humain dans des actes inhumains ?", s'est étonné Me Alain Fouquet pour les parties civiles. "Des gens banalement humains, avec des failles, peuvent déraper dans des situations particulière de dynamique de groupe, où chacun apporte sa pierre à l'édifice", a expliqué le Dr Coutanceau. Les auditions des experts doivent se poursuivre jusqu'au 6 juin.
(Image d'archives/DR)
Retour MYTF1
Chargement en cours...



