
Laurent Fabius, numéro 2 du PS et tenant du non, sort le premier renforcé par le résultat du référendum. Il est cité comme principal vainqueur après le "Non" français par 34% des personnes interrogées lors d'un sondage TNS-Sofres Unilog, devant Olivier Besancenot (22%), Philippe de Villiers (22%), Marie-George Buffet (20%) et Henri Emmanuelli (16%). Silencieux depuis l'annonce des résultats, l'ancien Premier ministre s'est exprimé lundi soir au 20 heures de TF1.
Comment doit réagir le PS après la campagne référendaire, qui l'a profondément divisé, et alors que la majorité des électeurs de gauche ont voté à rebours des militants socialistes lors de la consultation interne de décembre 2004 ? "La tâche du Parti socialiste, c'est d'écouter ce qu'ont dit les électeurs. Ecouter : il ne faut être ni sourd, ni aveugle", a martelé Laurent Fabius sur le plateau du 20 heures. "Ce qu'il faut, c'est ne pas se couper du peuple", a-t-il ajouté, en décryptant le "message des électeurs : refus d'une certaine Europe, volonté d'une autre Europe". Appelant à "ne pas décevoir l'espérance", il a égrené une nouvelle fois les arguments du "non de gauche pro-européen" qui l'ont poussé à refuser le traité constitutionnel : "Je suis européen du fond de mes tripes, mais je veux une Europe puissante et solidaire et non pas une Europe sans substance ni rivage. Je me suis dit, compte tenu de mon expérience : ce texte ne conviendra pas."
Fabius "disponible pour préparer l'alternance"
"Heureusement qu'il y a un certain nombre de gens de gauche qui ont choisi la position qui aura été, finalement, celle des électeurs. Je n'aurais pas voulu que les millions de Français, électeurs de gauche, qui veulent une Europe différente ne puissent se réfugier que dans l'extrémisme de gauche ou de droite", a noté le numéro 2 du PS. Désormais, Laurent Fabius souhaite un "rassemblement du parti socialiste avec ses électeurs, et des socialistes eux-mêmes autour d'un projet clair. Ce rassemblement permettra un rassemblement de la gauche". Quid de François Hollande ? Fabius affirme ne pas vouloir l'éjecter de son siège de Premier secrétaire du PS. Mais il se situe déjà dans l'optique de 2007 : "Je suis disponible pour préparer, avec toutes celles et tous ceux qui le veulent, l'alternance. C'est ça qui est important, ce n'est pas une affaire individuelle".
L'alternance, précisément. Alors que les appels à la démission de Jacques Chirac se sont multipliés au sein des tenants du non, Laurent Fabius, sans s'engager sur ce point, a noté le "problème pour le chef de l'Etat du point de vue de la légitimité politique" que pose le résultat du référendum : "juridiquement, il a tout à fait le pouvoir de rester ; maintenant du point de vue de la légitimité politique, il y a des raisons de s'inquiéter pour lui". Problème de légitimité qui, a-t-il souligné, pourrait se ressentir sur la scène européenne : "l'affaiblissement de Jacques Chirac est incontestable et il ne faudrait pas que l'affaiblissement de Jacques Chirac devienne un affaiblissement de la France". Et d'ajouter : "Je veux que les intérêts de la France soient défendus et qu'on ne dise pas que, parce que les Français ont voté 'non', les intérêts ne sont pas défendus".
Interrogé sur l'hypothèse d'une dissolution de l'Assemblée nationale (alors qu'un sondage Louis Harris a révélé que 48% des Français seraient favorables à l'organisation rapide de législatives anticipées), cependant, Laurent Fabius est resté en retrait : l'ancien Premier ministre a estimé qu'il revenait au président de "décider".
Photo d'ouverture : Laurent Fabius sur TF1 - DR
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